Colossal: l'anti-comédie romantique
Cinéma

Colossal: l’anti-comédie romantique

Dans Colossal, Nacho Vigalondo détourne le «film de monstres» et l’emmène sur des contrées psychologiques, intimistes et anti-romantiques. 

Larguée par son copain new-yorkais, Gloria (Anne Hathaway), une jeune trentenaire paumée et alcoolique est forcée de retourner dans sa petite ville natale où elle retrouve Oscar (Jason Sudeikis), un ancien camarade d’école. L’homme, désormais patron du bar local et porté lui aussi sur la boisson, ne tarde pas à s’intéresser à la jeune femme. On sort les violons et on se prépare à une énième comédie romantique sur la rédemption, l’altruisme et la découverte de soi? Pas tout à fait. C’est le gros point fort du quatrième long métrage du réalisateur espagnol: sa capacité à surprendre et à nous emmener sur des terrains glissants et insoupçonnés.

Nacho Vigalondo (Timecrimes, Open Windows) court-circuite d’emblée les codes de la rom com en sautant à pieds joints dans le film de genre: alors que Gloria se rapproche de plus en plus d’Oscar, un monstre géant commence à terroriser Séoul, en Corée du Sud. Colossal imbrique alors deux intrigues, en forme de paradoxe: celle d’une femme qui essaie de recoller les morceaux de sa vie, et celle d’un monstre qui détruit tout sur son passage. À moins que les deux ne soient qu’une seule et même personne?

Bien vite, ce qui s’annonçait comme un film amusant et métaphorique sur la matérialisation des démons d’une femme immature et égoïste devient le récit d’un empowerment féministe, ou comment une trentenaire dépendante aux relations toxiques et à l’alcool va affronter ses démons.

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Le cinéaste a la bonne idée d’utiliser le kaiju eiga (le film de monstres japonais) pour explorer les penchants autodestructeurs du duo Gloria/Oscar. Les destructions massives et matérielles engendrées par le (faux) couple et leurs alter ego monstrueux traduisent ainsi des destructions plus discrètes mais non moins toxiques: le mal que l’on fait à autrui, les violences conjugales, les rapports de force relationnels issus des frustrations et des égos en souffrance. Les vrais monstres ne sont pas ceux qui détruisent les immeubles séouliens, mais bien ces hommes et ces femmes qui se font du mal et s’affrontent.

L’air de rien, et sous ses allures de divertissement mainstream et léger, le film remonte alors lentement les racines de la dépendance des personnages pour en dévoiler le principal catalyseur: la haine de soi. L’enjeu de la comédie romantique – et la recette du bonheur – que propose l’Espagnol n’est ainsi pas de trouver sa moitié, mais bien de se trouver et de s’aimer soi-même.

Malgré un propos sombre, Vigalondo joue la carte du fun à tout prix. Le pire (la violence d’hommes autoritaires et machistes, la monstruosité et les affrontements malsains des personnages) est ainsi constamment intégré dans la comédie «Godzillienne» et recraché sous forme de gags. Jusqu’à la fin, Colossal refuse de lâcher son ton comique pour parler des colères et des angoisses de ses personnages, rappelant tout notamment l’esprit féministe de l’univers de Joss Whedon (Buffy the Vampire Slayer, Serenity) ou encore du film Kick-Ass.

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