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Cinéma

Monsieur et Madame Adelman: l’amour du romanesque

C’est par amour pour le cinéma romanesque, d’Amadeus à Forrest Gump, en passant par certains films de Truffaut et de Scorsese, que le duo Nicolas Bedos et Doria Tillier a eu envie de concocter cette fresque sentimentale de deux heures sur les 45 années mouvementées d’un couple. 

C’est la première fois que l’ex-Miss Météo de la chaîne française Canal+ et le dramaturge et chroniqueur télé foulent le sol montréalais. Un peu dépités par le temps pluvieux qui les accueille, les coscénaristes (en couple à la ville comme à l’écran) n’ont rien perdu du sens de l’humour qui caractérise leur relation et celle de leurs personnages. «On a trouvé un scénario dans une poubelle!», plaisante ainsi Doria Tillier, interrogée sur l’origine du projet. Plus sérieusement, la jeune actrice confie que celui-ci est né de leurs improvisations dans la vraie vie. «On s’amusait beaucoup à inventer des histoires et à jouer avec des thèmes étranges, compliqués, tabous». Résultat: Monsieur et Madame Adelman, premier film de Bedos, narre avec beaucoup d’humour noir l’histoire d’amour sur plus de quatre décennies entre un auteur angoissé et une passionnée de littérature.

Divisée en chapitres, la structure narrative du film fait écho à l’un des thèmes centraux de l’intrigue: la création littéraire. Non seulement le chapitrage permet un côté ludique et divertissant, cher au duo, mais il sert à «décorer le film», affirme Bedos. «Ce que j’aime beaucoup, c’est que les spectateurs peuvent se dire à chaque fois: nouveau chapitre, nouvel univers, nouvelle idée». Quant aux mises en abyme sur le travail d’écriture, les jeux sur les époques et les transitions, il s’agit d’une «grammaire narrative» qui fait le charme de son métier, selon lui. «Comme disait l’autre: l’art, c’est la vie en mieux. Personnellement, je peux passer des heures à regarder comment Scorsese dans Casino ou Les Affranchis construit l’histoire d’amour entre De Niro et Sharon Stone par ellipses et vignettes.»

Scorcese n’est d’ailleurs pas la seule influence, consciente ou non, du couple. On pense beaucoup au duo Woody Allen/Diane Keaton des années 1970. «Il y a des grandes histoires réalisateur/actrice qui ont parsemé l’histoire du cinéma: John Cassavetes/Gena Rowlands, ou encore Louis Malle/Jeanne Moreau», indique le cinéaste. Et le couple Bedos/Tillier? «C’est loin d’être un film sur notre couple, rétorque la jeune femme, même si l’on peut faire des ponts entre les deux.» Bedos, en revanche, affirme avoir beaucoup volé dans son couple, mais aussi dans la vie de ses parents. «En tant qu’artiste, on se pille, on se vole soi-même. Le réel n’a de sens que lorsqu’il sert la fiction qu’on veut faire. Si c’est juste raconter pour raconter, il y a des psychanalyses pour ça!»

Avec 5 millions de budget (environ 7,5 M$), le tournage aura duré deux mois et demi. Un vrai défi pour Nicolas Bedos, impliqué non seulement à la réalisation et au scénario mais aussi au montage, aux dialogues et à la musique. «J’aime tout fabriquer, toucher à tout ce qui fait ce métier et faire un film comme on écrit un livre. Votre idole nationale, Xavier Dolan, met la main à la pâte dans à peu près tout… et je le comprends très bien!» Pour réaliser la direction de la photographie, il a fait appel au Québécois Nicolas Bolduc, qui a notamment travaillé sur des films de Denis Villeneuve et Kim Nguyen. C’est l’actrice Mélanie Laurent, qui a collaboré avec les deux hommes, qui les a mis en contact. «Ça a cliqué tout de suite!», affirme le directeur photo (DOP) qui s’est chargé de créer une esthétique visuelle «uniforme» et une lumière «américaine», comme le souhaitait Bedos. «Un DOP est un artiste qui doit, en plus de travailler la lumière, observer la caméra et raconter une histoire, explique Bolduc. Il ne s’agit pas seulement d’opérer une machinerie!» Bedos, de son côté, ne tarit pas d’éloges sur celui qu’il qualifie désormais «d’ami précieux». «Nicolas a parfois bousculé un peu les lignes, explique le cinéaste, et m’a poussé à m’interroger sur certains plans.» Une chose bien naturelle pour Bolduc. «Un bon DOP doit venir avec des idées, des arguments, qui élèvent le film. J’aborde le film avec un œil frais chaque matin. Chaque film a une voix, qu’il faut savoir écouter et traduire.»

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