Les nuits blanches du facteur: tout et rien
Cinéma

Les nuits blanches du facteur: tout et rien

À l’instar du superbe Paterson de Jim Jarmusch, Les nuits blanches du facteur propose, à sa façon, un hymne à la quotidienneté. Contrairement au proverbe, si les jours se suivent, ils se ressemblent aussi à peu de choses près. Chaque matin, Aleksey, un facteur russe modérément jovial, contemple ses sandales en plastique assis au bord de son lit avant d’entamer sa journée. Puis, il prend sa petite embarcation pour se rendre dans un village insulaire où vivent de singuliers habitants. Chacun d’eux est d’ailleurs filmé dans ses rituels du matin et du soir, avec ce qui semble être une caméra de surveillance. Le film possède donc une certaine touche documentaire, mais bascule dans le réalisme magique à l’occasion, alors que le facteur voit apparaître un gros chat gris par moments, sans en comprendre le sens.

Dans ce microcosme où il se passe tout et rien à la fois, les spectateurs peuvent avoir l’impression d’un piétinement du récit, ou encore qu’il s’agit d’un film ethnographique lourd sur un métier en voie d’extinction et l’isolement d’une communauté, mais il n’en est rien. De nombreuses touches humoristiques sont insérées ici et là, provoquant même des rires francs chez les spectateurs. Cet humour fin se construit peu à peu, grâce aux contrastes proposés, aux personnages colorés ou simplement aux touches d’absurdité qui se glissent un peu partout. Par exemple, la télévision – omniprésente dans tous les foyers de l’île et toujours allumée – diffuse quotidiennement l’émission Le verdict de la mode, alors que le facteur est à des lieues de ces préoccupations superficielles. Mais cette présence rassure, le connecte paradoxalement avec un monde qui n’est pas le sien, un monde qu’il a quitté et dans lequel il n’a plus sa place.

Nombreux sont les plans fixes, accompagnés de musique atmosphérique, qui enveloppent le film dans une ambiance à la limite contemplative. On suit de près le facteur dans sa ronde quotidienne ou dans ses autres occupations, notamment lors d’une séquence fabuleuse alors que le vieil homme s’occupe d’un gamin le temps d’un après-midi et qu’il lui fait croire qu’une sorcière se taire dans la rivière. La complicité entre les deux, à ce moment, est palpable. Si certains événements troublent le quotidien d’Aleksey – notamment le vol de son moteur – ce sont ces petits moments qui font la richesse du film et qui lui donnent un souffle rafraichissant. La finesse d’Andreï Kontchalovski dans la réalisation lui a d’ailleurs valu, avec raison, le Lion d’argent du meilleur réalisateur à Venise en 2014.

À l’affiche ce vendredi 16 juin