Ma loute : « C'est quoi c'te bringue? »
Cinéma

Ma loute : « C’est quoi c’te bringue? »

Dada chez les ch’tis
Cela fait maintenant vingt ans que Bruno Dumont filme le nord de la France, une région qui nourrit toute entière la réflexion de sa filmographie. Depuis 2014 avec le P’tit Quinquin, sa première réalisation pour la télévision (Arte), Bruno Dumont nous fait rire, et construit patiemment l’une des oeuvres les plus singulières et brillante du cinéma actuel.  

Avec Ma loute, Dumont filme une fois de plus les gens du Nord-Pas-de-Calais, entre la sublime côte d’Opale, le village de Wissant et le port de Boulogne-sur-Mer. L’histoire de ce huitième long-métrage nous raconte l’étrange rencontre entre la famille bourgeoise décadente des Van Peteghem et la famille de marins anthropophages Dufort alors que l’inspecteur Alfred Machin (grinçant Didier Desprès) mène l’enquête sur une série d’étranges disparitions dans la baie. Ma loute Dufort (Brandon Lavieville) tombe en amour avec Billie Van Peteghem (Raph) et leur coup de foudre provoque la rencontre de deux mondes. Une rencontre documentée dans cette région alors que les marins de l’époque aidaient les bourgeois à traverser le fleuve Slack entre deux marées moyennant un droit de passage.

Pour bien mettre en scène cette histoire et sa loufoquerie démesurée, Dumont a fait appel à des acteurs professionnels pour une rare fois, afin de bien jouer des gens comme il n’en existe plus. Ainsi, il y a un Fabrice Luchini méconnaissable dans le rôle du patriarche au dos arqué André Van Peteghem et une Juliette Binoche à la sauce Cécile Sorel dans le rôle de sa soeur Aude. Au générique, on retrouve également Valéri Bruni Tedeschi qui joue la femme et cousine de André Van Peteghem, Isabelle, et Jean-Luc Vincent, le cousin fou Christian.

À l’opposé, que ce soit chez les pêcheurs ou du côté de la classe ouvrière, ce sont tous des non-professionnels qui ont été auditionnés par Bruno Dumont, fidèle à son habitude. Sans scénario, on les devine travaillant d’arrache-pied à dire leurs répliques et vivre dans ce monde ubuesque imaginé par le réalisateur de Bailleul. Ma loute est clairement marqué par un furieux surréalisme et une esthétique de carte postale de fin de siècle. En plus de savoir filmer les majestueux paysages du nord de la France, il y a un réel travail de repérage de gens du Nord pour lequel Dumont travaille de concert avec un assistant au casting à temps plein, Clément Morelle.

On retient plusieurs scènes fortes dans Ma loute : le char à voile pilotée par Luchini venant se crasher dans une épave sur la plage, la scène des deux amants perdus en mer et la procession de la vierge de Boulogne sont toutes des scènes qui viennent happer notre imagination et en même temps qui viennent ancrer la fiction dans la réalité du nord de 1910. Toutes les bondieuseries propres aux ch’ tis, aux travailleurs de la mer, viennent s’arrimer aux scènes finales du film. Celles-ci rendent au cinéma son caractère ultimement sacré, seul lieu du culte possible chez Dumont.


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