Good Time : L'infernale ballade de Nick et Connie
Cinéma

Good Time : L’infernale ballade de Nick et Connie

Les frères Ben et Joshua Safdie, scénaristes et réalisateurs, ont fait des vagues avec leur plus récent film lors de leur passage à Cannes. Le duo dynamique offre, avec Good Time, une œuvre maîtrisée, galvanisante et tout simplement géniale. Le récit se concentre sur les frères Nikas, Nick (Ben Safdie, convaincant et nuancé dans ce rôle touchant) et Connie (Robert Pattinson, qui démontre une fois de plus qu’il sait comment sortir de sa zone de confort), dans une sorte de polar qui n’a rien de glamour. Si le film débute comme n’importe quelle histoire de gangster, avec un vol de banque qui tourne mal, c’est par après que le récit prend une tangente rafraichissante, en déjouant complètement les attentes du spectateur. Si Connie parvient à s’enfuir, Nick se retrouve en prison, mais il est envoyé à l’hôpital suite à une bagarre. Alors que Connie tente de l’en délivrer, une méprise l’entraine dans une enfilade de situations inusitées. Ces détours, ces apartés – malgré le stress continu et l’urgence d’agir qui se fait ressentir – apportent toutefois une touche d’humour fin qui est la bienvenue. Chose certaine, chaque fois qu’il frappe un cul-de-sac, Connie sait faire preuve de créativité. Les Safdie parviennent à convoquer plusieurs registres émotifs à la fois et cet amalgame s’avère des plus efficaces. Ainsi, on se plaît à faire confiance aux Safdie, qui nous entrainent dans leur délire contrôlé, le temps d’une nuit pantelante où l’aube ne peut être atteinte qu’à bout de souffle.

Il s’agit d’une course effrénée, où la musique omniprésente – synthétiseurs appuyés comme chez Cliff Martinez mais en moins éthéré – accentue l’intensité de l’action. La plupart des cadrages sont très serrés sur les protagonistes, ce qui suscite un sentiment étouffant, accentue l’urgence de la situation et suggère le repli sur soi. De nombreuses scènes constituent des joyaux de mise en scène, où de nombreuses actions se déroulent en même temps sans toutefois nous faire perdre le fil. La scène avec Jennifer Jason Leigh chez le garant de caution, par exemple, se joue sur plusieurs fronts jusqu’au point de rupture. Et l’improbable détour par le parc d’attraction glauque – magnifique trouvaille – alors que les personnages entament une nouvelle quête, s’avère un passage des plus captivants. Cette course-poursuite pourrait durer encore bien longtemps tant la détermination de Connie et l’amour qu’il porte à son frère sont palpables. Lorsqu’on revoit finalement Nick à la fin et que s’entame une chanson poignante d’Iggy Pop pendant le générique, le calme est revenu, mais cet état n’est pas normal pour les protagonistes. Une grande part d’interprétation est alors laissée au spectateur, pour qui ce décalage permet de prendre un moment pour considérer l’œuvre grandiose qu’il vient de voir, alliant intelligence, humour et sensibilité.

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