A Ghost Story : Dans la peau d'un fantôme
Cinéma

A Ghost Story : Dans la peau d’un fantôme

A Ghost Story n’est pas une histoire de fantôme comme les autres. Hanté par l’angoisse du vide et l’absurdité de l’existence, le nouveau long métrage de David Lowery (Pete’s Dragon, Ain’t Them Bodies Saints) mise sur l’abstrait et une atmosphère éthérée pour évoquer l’état de mort.  

Pour être en paix avec l’immuabilité de sa propre disparition et l’impermanence de toutes choses, David Lowery a réalisé A Ghost Story, film dans lequel se nichent toutes ses angoisses. «Je suis très stressé quand je pense au futur, celui de nos enfants, de notre planète, et j’essayais de trouver un moyen d’être plus optimiste et moins nihiliste. Ce film est la réponse.» Le long métrage du réalisateur texan a la particularité d’adopter une perspective nouvelle et intéressante: raconter l’histoire du point de vue du fantôme. «Je savais dès le départ que le fantôme, recouvert d’un simple drap, serait l’image centrale du film. J’adore cette représentation enfantine du fantôme, tout seul, dans une maison vide. Il s’en dégage quelque chose de naïf et de mélancolique.»

Le réalisateur David Lowery, photo : Antoine Bordeleau
Le réalisateur David Lowery, photo : Antoine Bordeleau

C’est sous ce drap blanc aux deux yeux noirs que le défunt (Casey Affleck) hante désormais la maison où il vivait avec son amoureuse (Rooney Mara) avant de mourir dans un accident de voiture. Les deux acteurs incarnaient déjà un couple maudit dans le précédent film de Lowery. «Ils ont une magnifique chimie entre eux, ils aiment être ensemble, comptent l’un pour l’autre, et il fallait que ce couple apparaisse d’emblée à l’écran avec une histoire, une tendresse.» Autre particularité: les noms des personnages ne sont jamais prononcés et sont crédités au générique comme C et M. «Je voulais que les gens ne s’investissent pas trop dans ce couple et portent plutôt leur attention sur la figure du fantôme.»

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David Lowery préfère donc miser sur l’atmosphère vaporeuse pour définir ses protagonistes, sans expliciter qui ils sont ou quelles sont leurs motivations. Et comme l’on ne voit jamais le visage du fantôme, le défi était de faire comprendre aux spectateurs ce que ce dernier ressent. «Ce sont les sons, la musique, la mise en scène qui laissent entendre aux spectateurs les émotions qui sont en jeu. Le fantôme n’est qu’une lentille qui met l’accent sur celles-ci.» A Ghost Story évoque formellement l’angoissant état de vide: il explore de longues plages de silences, l’écoulement du temps, n’offre que très peu de dialogues. Les spectateurs sont entraînés à projeter leurs propres peurs dans le fantôme.

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Si le film évoque les préoccupations d’un Terrence Malick, notamment quand il s’aventure sur des terrains plus cosmiques, David Lowery cite Virginia Woolf en ouverture. Point intéressant quand on sait que l’auteure a largement exploré le passage du temps dans son œuvre, un thème qui fascine le cinéaste. «Je voulais que le film reflète les différentes façons dont nous faisons l’expérience du temps qui passe. Au début du film, le temps est fragmenté, avant d’adopter un rythme anormalement long, puis, enfin, d’accélérer.» Lowery étire ainsi plusieurs séquences, dont certains moments d’intimité du couple. «Ces moments sont inconfortablement longs et traduisent le tragique. Je voulais que le spectateur ait clairement conscience de chaque minute qui passe. Ça m’intéressait de regarder le temps sous toutes ses formes et ses vagues – il y a des moments comme cela dans la vie, inconfortablement longs, et l’on voudrait qu’ils se terminent.»

A Ghost Story - Still 2

Enfin, dernière particularité du long métrage: son format 4:3. «Utiliser ce ratio d’image un peu désuet sur nos écrans modernes a un effet saisissant, nous explique Lowery. Ici, le personnage est piégé dans une boîte pour l’éternité, le format vient immédiatement traduire une certaine claustrophobie inhérente à sa condition». Le cinéaste a également ajouté des coins arrondis à l’image pour amplifier le rendu vieillot. «Ça donne un effet nostalgique. Ça rappelle les vieilles photographies, les vieux diaporamas. Et le film parle aussi de ça: de nostalgie, et de lâcher-prise.»