La Belle et la meute : Thriller féministe
Cinéma

La Belle et la meute : Thriller féministe

La Belle et la meute est une histoire d’agression sexuelle dans tout ce que l’acte a de plus dégueulasse, de plus sordide. C’est une fable sur le courage qui se révèle dans la pire des adversités. 

Mariam Al Ferjani, interprète du rôle-titre, porte le long-métrage sur ses épaules. Une comédienne recrutée alors qu’elle se destinait plutôt au métier de médecin, une autodidacte vibrante qui brille dans cette succession de plans-séquences  claustrophobiques. On souffre d’empathie à regarder évoluer celle qu’elle incarne, cette jeune femme victime d’un viol collectif commis par des policiers. Une battante qui ira même jusqu’à mettre sa liberté en péril pour retrouver sa dignité.

Kaouther Ben Hania n’en est pas à son premier fait d’armes féministe. Son documenteur de 2012, Le Challat de Tunis, avait fait renaître la légende urbaine du motocycliste qui plantait une lame de rasoir au postérieur de celles qu’il jugeait trop légèrement vêtues. Une comédie (c’est le mot qu’elle préconise) noire et sanglante sous le thème du slutshaming, mot par ailleurs intraduisible, tel que vécu au tournant du millénaire dans son pays d’origine.

Kaouther Ben Hania (Courtoisie FCVQ)
Kaouther Ben Hania (Courtoisie FCVQ)

La réalisatrice tunisienne agit en fait comme un satellite pour nous connecter à la réalité de celles qui partagent sa nationalité. Son nouveau film, La Belle et la meute, nous présente cette femme du monde arabe qu’on ne voit (presque) jamais au téléjournal. Cette Mariam, car c’est également le nom du protagoniste, on pourrait l’avoir croisée sur Grande-Allée, dans une salle d’essayage de Place Ste-Foy. Elle est résolument bien loin des stéréotypes, disons, vestimentaires. « Je ne regarde pas la réalité que je connais à travers un regard extérieur empreint de clichés [comme ceux véhiculés dans les médias nord-américains]. Pour moi, au contraire, mon personnage principal est une fille très, très ordinaire. C’est vraiment la Tunisienne basique qui n’a aucun engagement politique et qui veut s’amuser et qui, à travers cette épreuve, découvre une force en elle et une notion de citoyenneté malgré la tragédie. »

Ce récit, aussi troublant qu’il puisse être, s’inspire d’une véritable mésaventure survenue peu après la Révolution. Une cause portée à la cour, un procès qui aura duré deux ans avant de connaître un dénouement heureux. Anonyme, bien que très connue, la victime a même fait paraître un livre : Coupable d’avoir été violée. Kaouther en a justement acquis les droits avant de l’adapter et d’en romancer quelques passages. « Meriem Ben Mohamed, c’est son nom d’emprunt, a mené son combat sans devenir l’égérie du viol, si j’ose dire. Moi j’ai été très frappée par sa bravoure et c’est pourquoi j’en ai fait un film. Elle a obtenu justice et elle a su comment gérer tout le côté médiatique qui peut rendre quelqu’un fou. »

La Belle et la meute (Courtoisie FCVQ)
La Belle et la meute (Courtoisie FCVQ)

La Belle est la meute est un drame de mœurs excessivement prenant, un film dur mais important. Une œuvre d’art assez forte pour faire trembler Cannes, cette France où catcalls et traques en plein jour appartiennent encore au quotidien des citadines marchant seules. Un document vidéo qui sèmera assurément dans graines chez nous, dans nos têtes de Québécois, là où une réflexion sur la culture du viol s’est déjà entamée.

Samedi 16 septembre à 21h30 au MNBAQ
Jeudi 21 septembre à 15h30 au Palais Montcalm
(Dans le cadre du FCVQ)