Florida Project : Hotel, Motel, Holiday Inn
Cinéma

Florida Project : Hotel, Motel, Holiday Inn

Le réalisateur Sean Baker nous avait déjà habitués, avec Tangerine, à des personnages vivant dans la marge et possédant un franc-parler évident. Avec The Florida Project, il change de côte américaine et présente, pendant un été, le quotidien de quelques familles vivant dans deux motels contigus. Habilement filmé, ce microcosme se déploie progressivement et offre une place de choix aux enfants, qui constituent le cœur du film et qui parviennent à tromper l’ennui de multiples façons. La jeune Moonee (Brooklynn Prince) et sa mère Halley (Bria Vinaite) tentent, par tous les moyens, de trouver assez d’argent pour traverser chaque semaine, jusqu’à ce que le cycle recommence. Le film est redevable à Andrea Arnold, notamment, qui est également parvenue à magnifiquement filmer la quotidienneté, sans filtres, avec American Honey, Fish Tank ou le court métrage Wasp.

Dans le plus récent film de Baker, la trame narrative est, en quelque sorte, évacuée, pour faire place à une collection d’instants. Il n’y a pas de grand récit dès le départ, mais plutôt un ensemble de situations, de petits ou gros ennuis, auxquels les personnages doivent réagir en cours de route. En changeant légèrement le traitement et le mode de narration, The Florida Project aurait pu, à peu de choses près, être un documentaire, comme certains films néoréalistes d’après-guerre, qui montraient le peuple, au quotidien, sans transformer le tout en destin.

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Mais alors, qu’est-ce qui nous tient en haleine pendant tout le film? Le rythme est plutôt lent, ce qui laisse le temps d’observer ce microcosme motelier, qui tantôt nous fait rire, tantôt nos émeut. Sans toutefois poser un regard de haut ou un jugement sur ces gens – piège qui guette souvent ce type de film – The Florida Project captive les spectateurs pour d’autres raisons. On assiste à des querelles, des nouvelles amitiés, des moments de colère et d’insultes, comme avec la télé-réalité, en somme. Même si le film de Baker ne s’attarde pas à la recherche de l’âme sœur, les mêmes acquis télévisuels sont mis à profit. En effet, les raisons qui nous poussent à regarder une télé-réalité, alors qu’il ne se passe absolument rien, résident notamment dans l’observation, voire le voyeurisme, de gens et de situations humaines qui nous font réagir. La quotidienneté nous fascine et Sean Baker a su l’exploiter. Cela dit, nul besoin d’être fan de télé-réalité pour apprécier The Florida Project. Le réalisateur sait très bien filmer les enfants et ose aborder des thématiques très difficiles, sans pour autant rendre le film lourdement moralisateur. Au contraire, il s’agit d’un film magnifiquement équilibré, notamment grâce au personnage du manager du motel couleur lilas, joué par Willem Dafoe, qui veille sur les «habitants» du lieu, avec fermeté mais empathie. Avec ses couleurs pastel ou crépusculaires, sa finale touchante, ses thématiques et son traitement, le film s’avère marquant et nous fait réfléchir sur ces gens qui vivent dans l’ombre du château de Cendrillon.

En salle le 20 octobre

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