Les Affamés : Manger le monde
Cinéma

Les Affamés : Manger le monde

Après Saints-Martyrs-des-Damnés sorti en 2005, Robin Aubert fait un retour sanglant au film de genre, une rareté au Québec. Campé dans un monde postapocalyptique peuplé de zombies, Les Affamés, son cinquième long métrage, semble vouloir nous dire quelque chose… Nous en avons discuté avec le réalisateur barbu.

Que vous soyez plus George A. Romero (Dawn of the Dead, Night of the Living Dead, etc…), Michael Jackson (le vidéoclip de Thriller réalisé par John Landis) ou encore plus près de nous la série blockbuster (et le gratteux) Walking Dead, vous avez tous votre film de zombie culte. Et c’est à vous que s’adresse Robin Aubert, s’attaquant à son tour au film de morts-vivants. Un film de zombies fait au Québec?

Tourné entièrement dans sa région avec les gens de son hood. Beaucoup des figurants/zombies du film sont en fait des potes, des parents, des proches et des amis d’enfance. On a l’impression que tout est fait dans cet esprit chez Aubert, tout est «gossé» à la main, fait avec son entourage comme si l’on partageait un bon repas.

«Le film a été tourné dans les villages de Ham-Nord et de Saint-Adrien et c’est André-Line Beauparlant qui a fait la direction artistique. Une grande artiste», nous explique Robin Aubert.

C’est le cas de le dire. Faire beaucoup avec peu est l’une des spécialités de la directrice artistique, et dans le cas de ce film de zombies, il a fallu improviser. Combien de milliers de litres de sang sommes-nous habitués de voir lorsque nous visionnons des séries comme Walking Dead? Il a donc fallu aller dans une autre direction avec Les Affamés: ne pas faire un film gore qui décapite et laisse le sang noyer la caméra. Il fallait donc, par le truchement du film de catastrophe, raconter autre chose…

Un film sur le territoire comme son excellent Tuktuk?  

«Comme Les Affamés est un objet organique à mes yeux, j’ai du mal à y voir des messages sous-jacents, nous dit Aubert. En même temps, je sais qu’il y en a plus que je pense. Le subconscient créatif contient plusieurs strates référentielles. Je ne sais pas ce que ça dit de la campagne. C’est peut-être un hommage à ceux que j’aime et aux éléments qui les entourent: les vallons, le brouillard du matin, la forêt, la rivière, la mousse, la maison dans le fond du rang.»

Rappelons l’histoire: Bonin (Marc-André Grondin) patrouille son coin de pays et rencontre sur sa route plusieurs survivants d’une mystérieuse épidémie. Le groupe tente de survivre tant bien que mal avec des armes de fortune: carabine, machette et autres couteaux improvisés.  

La distribution du film est franchement intéressante et très féminine: Monia Chokri, Marie-Ginette Guay, Brigitte Poupart, Micheline Lanctôt et la jeune Charlotte St-Martin (qui incarne Zoé, l’espoir du groupe…). À première vue et dans le contexte actuel, ce film pose le féminin en rempart contre les catastrophes et cela fait beaucoup de bien. Aubert s’est d’ailleurs exprimé là-dessus maintes fois en expliquant que les femmes de sa vie avaient formé son caractère et l’homme qu’il était aujourd’hui.

En plus d’offrir une grande place aux femmes dans ce film, Aubert accorde aussi une grande importance au son, personnage en soi des Affamés. En ajoutant une conception sonore de fin du monde très réussie, le film crée une ambiance de tension.

«Je travaille toujours à partir du son, même à l’écriture du scénario. Il arrive même que le son apparaisse avant l’image, explique Aubert. Il établit l’ambiance. Avec le compositeur Pierre-Philippe Côté et le monteur sonore Olivier Calvert, on a travaillé l’aspect sonore de manière à ce que la musique et le son deviennent un personnage avec sa psychologie humaine. Au mix, Stéphane Bergeron a été le maître d’orchestre pour apporter les subtilités et les éclats de folies de nos explorations.»

En salle le 20 octobre

Les offres culturelles sur Boutique.Voir.ca

Obtenir plus d’argent pour voir des spectacles? OUI C’EST POSSIBLE!