Nous sommes les autres : Une fable contemporaine
Cinéma

Nous sommes les autres : Une fable contemporaine

Le premier long métrage du réalisateur Jean-François Asselin (Plan B, François en série et le court-métrage Mémorable moi, notamment) réunit Émile Proulx-Cloutier, Pascale Bussières et Jean-Michel Anctil dans un récit qui aborde la thématique de la transformation de soi. Le réalisateur nous a fait part de sa vision pour ce projet – qu’il qualifie de fable contemporaine –, du processus d’écriture et de son rapport à la télévision.

Maxime Labrecque : En regardant le film, on réalise assez tôt qu’il s’agit d’un film choral, avec ces trois protagonistes qui se croisent et qui ont chacun la même importance dans le récit, notamment. Cette idée de faire évoluer trois personnages à l’écran, qui subissent une transformation progressive, est-ce que ça t’es venu dès le départ?

Jean-François Asselin : Avec Jacques Drolet, mon coscénariste, l’idée était de faire un film sur le regard des autres. Et la première idée, celle qui a été le moteur de tout, a été de mettre en scène un personnage qui allait se transformer mais de manière concrète et métaphorique en quelqu’un d’autre. Est-ce qu’on cesse d’exister quand on cesse de plaire aux autres? Jusqu’où on se travestit pour plaire aux autres? On avait envie de le faire d’une façon positive aussi et c’est là qu’est arrivé le personnage de Robert (Jean-Michel Anctil), qui, lui, allait partir d’une job qu’il fait pour les autres et aller vers quelque chose qu’il a vraiment envie de faire. Le personnage de Myriam (Pascale Buissières), qui est assez central, a toujours vécu dans la lumière de son mari architecte et après sa disparition, elle aurait pu s’en libérer, mais décide plutôt de garder ça en place en transformant quelqu’un d’autre. C’est vraiment un film à trois personnages, même si Frédéric (Émile Proulx-Cloutier) et Robert ne se croisent pratiquement pas dans le film.

Jean-François Asselin, Jean-Michel Actil et Pascale Bussières / photo Sébastien Raymond
Jean-François Asselin, Jean-Michel Actil et Pascale Bussières / photo Sébastien Raymond

ML : On entend parfois dire que le cinéma n’est pas un 7e art qui s’ajoute aux six autres, mais qui les amalgame. L’idée de l’architecture – qui est le premier art – est assez centrale dans le film. Est-ce que le fait de placer l’intrigue dans ce milieu-là constituait un hasard ou était-ce une sorte de métaphore sur la (re)-construction personnelle que vivent les personnages?

JFA : Absolument! En fait le premier réflexe était de dire que l’être à remplacer devait être quelqu’un d’important et que ce soit quelque chose de prestigieux pour que son remplaçant soit prêt à se transformer. Je n’ai pas l’impression que pour être un fonctionnaire au gouvernement quelqu’un serait prêt à se transformer autant, sans préjugés sur cette job-là! Mais on voulait quelque chose qui a une pression sociale, et quand on a eu l’idée de l’architecture, on s’est dit que c’était la métaphore parfaite parce qu’on va avoir une maquette qui se transforme au gré des demandes de tout le monde. Ce qui est assez ironique, c’est qu’on a vécu la même chose sur notre scénario. Tout le monde avait une opinion sur notre scénario et beaucoup de gens nous ont donné un avis sur la fin. Au final, on a assumé notre fin. On a aussi rencontré beaucoup d’architectes pour rendre notre film plus crédible.

ML : Justement, comme c’est aussi un premier long métrage et avec ce que tu me dis, j’en déduis que le processus d’écriture, mais surtout de réécriture, a débouché sur de multiples versions?

JFA : Oui, c’est un projet avec de multiples couches d’écriture. Aussi, les gens ne savaient pas comment cataloguer le film. Est-ce que c’est un drame fantaisiste, un thriller psychologique? Et ce qu’on a fini par dire, c’est qu’il s’agit d’une fable contemporaine où il y a un glissement du réel, il y a de l’onirique comme dans tout ce que je fais. Dans le film, j’espère que les gens pourront se questionner sur les limites où on est prêt à aller pour plaire, pour se transformer. On a eu beaucoup d’écueils et on a même fait des versions où on allait vers ce que les autres nous disaient mais ça ne marchait pas. C’est pourquoi il faut s’entourer de gens qui comprennent ce que tu as envie de faire. Et à force de se faire questionner, tu fais comme les personnages dans le film: «il faut que je change ceci et cela». Heureusement, on a eu de bonnes conseillères à la scénarisation et un bon producteur.

ML : Même si on sait que les frontières entre cinéma et télé sont de plus en plus poreuses, on peut remarquer une certaine influence de l’écriture télévisuelle dans ton film, notamment dans la manière dont sont dialoguées et tournées certaines scènes, ce qui est conséquent avec ton parcours aussi. Est-ce que tu dirais que cette influence était manifeste dans tes méthodes de travail ou pas du tout?

JFA : Je ne fais pas tant la distinction entre les deux. Pour moi, une histoire qui touche est une histoire qui touche. En fait j’ai l’impression que la télé est plus influencée par mon côté cinéma que par l’inverse. Ce qui est influencé par la télé est peut-être dans mon envie de rejoindre les gens, mais je voulais vraiment faire un film de cinéma. À la vitesse à laquelle on va en télé, je voulais prendre le temps de cadrer mon film. J’ai donc dû casser un peu mes réflexes afin de créer un univers. Et comme je raconte des histoires qui sont plus proches de la fable, je pense qu’on a pu se permettre ça et on a trouvé des lieux qui en disent sur les personnages aussi. Chaque personnage avait sa palette de couleurs. J’ai l’impression que les gens donnent beaucoup de noblesse au 7e art mais pour moi, faire une série télé qui est vue par 600 000 personnes c’est plus intéressant que faire un film qui sera vu par 6000, même si mes rêves sont des rêves de cinéastes! J’aurais fait des films bien avant si on m’avait donné la chance.

Grande première le mardi 7 novembre dans le cadre du Festival de films Cinémania, puis à l’affiche le 10 novembre.

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