Barbara et ses miroirs
Cinéma

Barbara et ses miroirs

Avec ce long métrage consacré à Barbara qui se joue des codes du biopic, Mathieu Amalric se positionne encore une fois de façon très marquée comme l’un des réalisateurs les plus amoureux de la langue cinématographique. Nous en avons discuté avec lui à quelques jours de la sortie du film chez nous et à l’occasion du festival Cinemania.

Le rendez-vous était fixé à 12h40, mais, trépignant dans l’attente de parler à Amalric, l’auteur de ces lignes a composé le numéro du réalisateur-comédien dès 12h39:

«Bonjour, vous êtes bien chez Mathieu… Amalric, merci de me laisser un message. Au revoir.»

Peut-être trop prompt ou trop en avance, toujours est-il que je tombais sur un répondeur avec cette voix si familière et j’étais un peu entré dans l’intimité du comédien qui semble guidé par ses instincts et par ses rencontres. Mathieu Amalric n’a pas de plan de carrière tout tracé, il avance et fabrique tranquillement un parcours de cinéaste par accident successif. Au deuxième coup de fil, à 12h43, je réussis finalement à joindre le réalisateur de Tournée (prix de la mise en scène à Cannes en 2010).

«Il suffit de se laisser porter par ces gens extraordinaires qu’on peut croiser et qui vous emmènent sur des chemins de carrière accidentés, nous explique Amalric. Il y a quelque chose de très beau à refaire quelque chose ensemble avec Jeanne (Balibar, qui a été sa femme et qui interprète maintenant Barbara) 17 ou 18 ans après. On n’y pensait pas au moment de travailler sur ce film, on y pense lorsque le film est fini et qu’il est sorti en France et maintenant qu’il sort chez vous!» 

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Mathieu Amalric est avant tout un réalisateur qui chérit le cinéma et tout son univers. Dans Barbara, son septième long métrage, il manifeste cet amour par un jeu incessant. Il joue entre le réel et la fiction, entre plusieurs mondes: celui fabriqué par le réalisateur qu’il incarne dans ce film, celui qu’il construit lui-même, celui que tente de fabriquer le personnage de Brigitte et celui que Jeanne Balibar tente aussi de bâtir; une infinité de jeux de miroirs qui donne la pleine mesure du geste de créer.

«À force de faire ce travail d’historien avec Philippe Di Folco (coscénariste) et comme je n’arrivais pas à écrire afin de faire un film qui m’amuse véritablement, nous sommes devenus très libres par rapport aux codes du biopic parce que ce genre devenait une prison pour l’actrice où elle aurait été enfermée dans des soucis de ressemblance et de mimétisme, dit Amalric. En plus de cela, Jeanne a un réel talent de désobéissance donc tous ces éléments ensemble ont créé une émulsion et des miroitements. Je me rends compte au bout des courses que j’aime profondément filmer des gens au travail.»

Rappelons le synopsis: le film présente une comédienne dénommée Brigitte (Jeanne Balibar), qui revient à Paris pour incarner la chanteuse. Le metteur en scène Yves Zand (Mathieu Amalric) a ses raisons de réaliser ce long métrage et Brigitte travaille d’arrache-pied pour livrer une juste interprétation. Nous assistons donc à la mise en scène d’un film dans un film, une habile mise en abyme qui nous permet de mieux connaître la chanteuse Barbara. Jamais nous ne tentons de la comprendre ni de trop psychologiser la femme.

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Dans Barbara, nous valsons à l’image de cette fabuleuse scène tirée des archives où l’on voit la dame en noir se préparer pour un concert qui se confond habilement avec les images du film que l’on voit se créer sous nos yeux dans des champs-contrechamps magiques qui viennent marier Balibar et Barbara comme dans un exercice de spiritisme et de complète matérialisation. 

«C’est quand même par ma mère que j’ai eu Barbara dans la peau quand j’étais enfant, affirme le réalisateur. C’est elle qui allait la voir à l’Écluse dans les années 1950, c’est elle qui mettait la cassette quand on se promenait en voiture. C’est une infusion d’une génération à une autre et nous en sommes aujourd’hui à la quatrième génération de barbarophile. Et vous, au Québec, c’est incroyable, car elle adorait venir chez vous. Les plus belles émissions de radio ont été réalisées chez vous parce qu’elle se sentait libre là-bas. Ce sont les entrevues les plus drôles et les plus belles qu’elle a données.»

Le film prend l’affiche le 10 novembre au Québec.

À écouter en complément, ce documentaire audio consacré à Barbara:

http://ici.radio-canada.ca/radio/barbara/index.shtml

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