The Post : Des dilemmes et une deadline
Cinéma

The Post : Des dilemmes et une deadline

Dès l’annonce de la formation d’un trio composé de deux acteurs et d’un réalisateur auréolés d’une grâce cinématographique légendaire, voire immaculée, bien des gens ont eu un frisson de plaisir et d’anticipation. Mettez Meryl Streep, Tom Hanks et Steven Spielberg dans le Shake ‘n Bake; ça sent les Oscars à plein nez. Ajoutez à cela la musique pompeusement cuivrée de John Williams et vous obtenez un raz-de-marée d’euphorie. Encore faut-il que l’ensemble soit convaincant et que le récit, s’inspirant de faits vécus, ne sombre pas dans la caricature. The Post s’affaire à montrer comment, dans les années 1970, le journal The Washington Post a audacieusement dévoilé une série de documents gouvernementaux concernant la guerre du Vietnam, alors même que le journal devenait une compagnie cotée en bourse. Juste avant l’affaire Watergate, l’administration Nixon utilise tous les moyens à sa disposition pour entraver le dévoilement d’informations incriminantes.

Dans ce contexte étouffant – qui trouve des échos surprenants avec notre époque – Meryl Streep incarne Kay Graham, la propriétaire du Post, présentée comme une femme prudente, diplomate, pour qui la vérité et la sécurité de ses employés sont des priorités. Comme toujours, il s’agit d’un rôle qu’elle revêt avec une élégance et un naturel prodigieux, alors qu’elle fait face à un important dilemme. Elle travaille de près avec un ami de longue date, le rédacteur en chef Ben Bradlee (Tom Hanks), au franc-parler assumé. À une époque où tous les hommes prenaient les grandes décisions, Kay ose penser par elle-même, malgré les avis contraires, dans ce monde où les messieurs – qui se ressemblent d’ailleurs tous dans le film – croient avoir réponse à tout.

Après Spotlight (2015) et All The President’s Men (1976), notamment, le film reprend une formule enlevante en révélant le monde fascinant de la publication d’un quotidien. Que faire lorsqu’on tient un scoop brûlant, qui risque d’ébranler les institutions, mais qui peut également mettre en danger ceux qui songent à rendre l’information publique? The Post s’affaire à démontrer le dilemme qui peut résulter d’une telle situation. Comme on peut s’y attendre, le film prend parfois les aspects d’un thriller et jusqu’à la dernière minute, la décision de publier ou non rythme le récit. En ce sens, le montage efficace tient le spectateur en haleine, et quelques scènes s’avèrent touchantes, notamment celle où Kay constate que d’autres journaux suivent le leadership du Post. Même si la formule est plutôt convenue, que les scènes au Vietnam bourrées de musique rock sont particulièrement clichées et que le travail sur la lumière est par moments douteux – avec ses spots beaucoup trop surexposés, ce qui irréalise certains plans – l’ensemble convainc. Il démontre que les gouvernements sont imputables et que la liberté de presse – la vraie – est une valeur fondamentale. Tout se joue avant la deadline fatidique et le film parvient à montrer à quel point le travail d’équipe peut s’avérer grisant par moments.

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