Ne manquez rien avec l’infolettre.
Happy End : L'indifférence des riches
Cinéma

Happy End : L’indifférence des riches

Michael Haneke nous a habitués à des films tordus, grinçants et profondément perturbants (Funny Games, Caché, La pianiste…). Chose certaine: le réalisateur, lauréat de deux palmes d’or à Cannes, sait comment jouer avec le spectateur afin d’éveiller un sentiment bestial, brut, venant du fond des tripes. Pour y parvenir, il ne lésine pas sur les plans crus, révélant les côtés les plus sombres de la nature humaine. À l’opposé, il est aussi capable de toucher par un film rempli d’humanité et de vulnérabilité (Amour). Happy End est un film de groupe qui se veut une réflexion, ou encore un commentaire sur la société numérique, les relations familiales et l’indifférence morale des riches. Isabelle Huppert incarne Anne Laurent, une femme d’affaires compétente et détachée, ce qui n’est pas sans rappeler son rôle dans Elle de Verhoeven, qui lui-même rappelait étrangement son rôle dans La pianiste. Or, même si elle manque parfois de mordant, Anne possède un tact et un don pour sauver les apparences et tenir sa famille unie, composée d’un fils incompétent, d’un frère infidèle et d’un père gâteux, comme il le dit lui-même.

Dans cette bulle bourgeoise de Calais, la riche famille Laurent, qui se déploie autour de l’actuelle présidente de la compagnie, Anne, accueille la nièce de celle-ci suite à un événement tragique. Si au départ le patriarche de la famille (Jean-Louis Trintignant) peine à se souvenir du nom de sa petite fille, les deux finissent par se rapprocher suite à leurs tentatives de suicide respectives. Déconnectée, la jeune fille vit à travers son téléphone cellulaire, au point de filmer la mort de son hamster, ce qui n’est pas sans évoquer Benny’s Video (1992), où un jeune adolescent ne vit qu’à travers sa caméra vidéo. Or, la jeune adolescente, apparemment détachée, est étonnamment lucide et mature dans ses réflexions, notamment en ce qui a trait à l’infidélité de son père. Sous son impassibilité apparente, elle révèle une clairvoyance dans ce monde d’apparat et d’artifice. 

Si le film possède le mérite de représenter un portrait d’ensemble d’une famille apparemment intouchable, et qu’il déploie une réflexion sur l’individualité, il se perd parfois dans certaines scènes plutôt fonctionnelles qui réduisent des personnages à l’état de cliché, notamment le fils d’Anne. Il ressort du film Happy End une vague et molle impression de déjà vu et un commentaire un peu plaqué sur la situation des migrants qui aurait pu être mieux assumé. Or, ces critiques sont en partie évacuées par une distribution convaincante et quelques moments dignes d’intérêt, surtout lorsque Trintignant est de la partie.

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie