Certains de mes amis : Le luxe de l'amitié
Cinéma

Certains de mes amis : Le luxe de l’amitié

Cinq ans après son dernier film, Jeune fille, la cinéaste Catherine Martin revient avec un documentaire intime qui se présente comme un collage. 

Avec Certains de mes amis, Catherine Martin propose sept portraits de personnes de son entourage qu’elle a filmé seule, caméra numérique en main, elle qui désirait, par ce projet, se «réapproprier les outils.» On y découvrira, dans l’ordre: le peintre François Vincent, la scientifique Marie Dumont, le photographe d’origine hongroise Gabor Szilasi, la marionnettiste Louise Lapointe, l’instrumentiste Matthew Jennejohn, la cinéaste Ginette Lavigne et le preneur de son Hugo Brochu.

«L’idée m’est d’abord venue de ma rencontre avec François Vincent. On a travaillé ensemble sur mon film Trois temps après la mort d’Anna. C’est lui qui a fait les toiles du personnage interprété par François Papineau dans le film. On est devenus amis par la suite et ça faisait longtemps que j’avais envie de filmer dans son atelier. À ce moment-là, je ne savais pas que j’allais le filmer moi-même, je n’avais pas non plus l’idée de faire un film que sur François ou sur quelqu’un de mon entourage, mais c’est à ce moment-là que l’idée du collage m’est venue.»

Catherine Martin, photo Anouk Lessard
Catherine Martin, photo Anouk Lessard

Catherine Martin s’immisce dans le quotidien de chacun de ces êtres, mais il serait réducteur qu’elle livre ici une série de portraits autour de leur simple profession. La documentariste se veut patiente dans sa récolte d’images, n’hésitant pas à laisser le réel se révéler à la caméra. On sent la proximité entre certains sujets et la cinéaste à quelques reprises durant le film, alors que le silence parvient à s’installer sans malaise, un des luxes de l’amitié. C’est d’ailleurs le cas dans le dernier portrait, celui d’Hugo Brochu. Ce dernier fut le monteur sonore de la cinéaste sur quelques projets avant d’être terrassé par un grave AVC en 2009 qui le laissera aphasique et sans l’usage de sa main gauche.

«J’ai monté chacun des portraits comme des segments, comme des films en soi. Pour moi, finir par Hugo, ça me semblait nécessaire. Sa présence a une résonance tout à fait autre que celle des autres segments. […] On m’a dit que j’avais montré plusieurs personnes dans leur environnement de travail et qu’Hugo ne faisait pas défaut, car lui aussi travaille, il travaille à vivre. Pas à survivre, mais à vivre.»

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Que ce soit alors que le peintre se met au travail, qu’Hugo se lance en kayak ou que le photographe déleste son appareil photo de son étui, les plans de Catherine Martin sont serrés, sur l’action, alors qu’en conversation, elle n’hésite pas à aller plus large et faire respirer la proposition. «Dans ce film-là, je voulais beaucoup travailler le temps et la durée. Ce sont deux choses qui m’intéressent au cinéma. On réapprend à voir de cette façon. Par exemple, François, lorsqu’on le voit peindre pendant près de cinq minutes lors d’un seul plan, moi ce qui m’a frappée, c’est qu’on voit 40 ans de peinture de cet homme: la maîtrise du geste, la précision. On peut s’y arrêter.»

Ces plans fixes que Catherine Martin propose sont parfois des tableaux dans lesquels la cinéaste nous laisse se perdre quelques instants avant que la vie reprenne son cours. «Si, dans mon travail de fiction, je suis dans une recherche picturale, dans mon travail de documentariste, je cherche ce qui est pictural dans le réel. Je ne dirais pas que je cherche le beau cadre, mais plutôt le cadre juste. Ce n’est pas tout de faire de belles images, le plan doit amener le sens.»

Au moment de mettre fin à notre entretien, elle nous avoue avoir été portée par une grande joie tout au long de ce projet, malgré les inquiétudes inhérentes à la solitude de la démarche. «Ce qui m’intéresse beaucoup en ce moment, c’est l’art qui aide à vivre, l’art comme étant une façon d’être dans le monde, une présence au monde, la sensibilité qu’on peut avoir face à la beauté. Je crois que ce film-là n’est pas loin de ça. […] J’ai tellement appris par l’art et je ne sais pas comment on ferait pour vivre si on n’avait pas ces soupapes de beauté, de grandeur. C’est important pour sortir de soi.» C’est un peu ça, Certains de mes amis, un film comme une présence au monde.

En salle dès le 9 février 2018

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