Marvin ou la belle éducation : Remixer ma vie
Cinéma

Marvin ou la belle éducation : Remixer ma vie

Adaptation libre du populaire roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule d’Édouard Louis, le plus récent film de la réalisatrice Anne Fontaine (Coco avant Chanel, Gemma Bovery, Nathalie…) raconte les déboires du jeune Marvin Bijou, garçon taciturne qui habite dans un petit village des Vosges. Issu d’une famille pauvre, avec un père bourru et alcoolique, il est victime d’intimidation à la maison comme à l’école, jusqu’à ce que la nouvelle directrice l’encourage à s’essayer au théâtre. C’est donc sur les planches – devenues son nouvel exutoire – qu’il trouve la force de ne pas se laisser abattre. Plus tard, le jeune adulte qu’il est devenu (interprété par Finnegan Oldfield) déménage à Paris, où il s’affirme et monte sa propre pièce, autobiographique. Sa rencontre avec un riche – n’ayons pas peur des étiquettes – sugar daddy, qui lui présente Isabelle Huppert (qui joue son propre rôle), s’avère d’ailleurs déterminante.

Même si l’histoire demeure plutôt classique, les allers-retours temporels entre la vie de gamin et d’adulte dynamisent le récit et permettent d’établir des parallèles probants et sensibles. Finnegan Oldfield est assurément un acteur à surveiller: il a une gueule proprement cinématographique et une aisance naturelle devant la caméra, que l’on pourrait rapprocher de Théodore Pellerin plus près de chez nous. Anne Fontaine sait très bien filmer le désir naissant mais encore incompris du jeune Marvin. Sa caméra s’attarde avec fugacité sur les corps de ses camarades à la piscine, sans pour autant témoigner d’un érotisme flagrant. Récit d’éveil sexuel et artistique, Marvin demeure généralement efficace dans le parcours qu’il propose. Au lieu de se nourrir de haine et de s’isoler, comme dans 1:54, par exemple, le jeune homme adopte une voie créatrice, positive et, au final, réconciliatrice avec son passé et sa famille. Ainsi, malgré sa dureté, ce film repose sur l’espoir et reconnait que les arts peuvent être un puissant catalyseur, exorciseur de démons et source d’enchantement par la même occasion. Aux côtés de Beach Rats, de Call Me by Your Name, de Moonlight, de Battle of the Sexes et de Love, Simon, notamment, ce film s’intègre à ce qui semble être un momentum de récits d’émancipation personnelle qui est le bienvenu.

Et ne serait-ce que pour voir Isabelle Huppert danser brièvement sur de la musique house, ce film vaut le détour.

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