De Damas à Saint-Ubalde
Cinéma

De Damas à Saint-Ubalde

Pendant un an, ce documentaire tourné au plus près des gens suit une petite communauté de Portneuf qui attend une famille syrienne. Nous avons eu l’occasion de nous entretenir avec le duo de réalisateurs: Nadine Beaudet et Christian M. Fournier.

«Nous habitons à Grondines dans le comté de Portneuf depuis maintenant 14 ans», explique Nadine Beaudet au bout du fil. «Il y avait un comité de parrainage qui se mobilisait à Saint-Ubalde, qui est à côté de chez nous. On trouvait l’approche intéressante, ce côté rural, alors qu’on entend souvent parler de la ville et des défis de l’intégration. On s’est alors greffé à leur comité et on a suivi le processus jusqu’à l’arrivée de la famille syrienne.»

Evlyne, la petite Lamitta et Hani ont déposé une demande pour émigrer au Canada à partir de Beyrouth au Liban, où ils sont réfugiés comme des millions d’autres Syriens. Au Québec, un comité de parrainage les a pris en charge. Il ne reste plus que l’attente administrative avant que la famille ne vienne établir ses pénates loin de la Syrie, bien loin: dans le comté de Portneuf. Ce film décrit cette attente du côté canadien. Comment une communauté rurale a-t-elle décidé de prendre en charge une infime part du conflit syrien? Voilà un angle qui n’a pas souvent été traité dans les médias et au cinéma, sinon pour dénoncer la peur de l’autre et les mouvements identitaires de Québec et sa région. Ici, aucune mauvaise intention, seulement un petit village qui décide de se liguer pour aider par pure bonté.

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photo : (c) Les vues du fleuve

Couple à la ville comme à la campagne, le duo fabrique des films comme de l’artisanat, simplement et sans effet de style. À partir d’un lieu et d’une situation: Portneuf accueille une famille de Syriens, le duo de cinéastes s’installe dans un village près de chez eux pour tenter de suivre, d’écouter et de comprendre leur démarche. Ainsi, nous ferons la connaissance de Gilles, Réginald, Pauline, Nathalie, Margot, Nawel et plusieurs autres qui s’organisent et s’occupent pendant les longs mois d’attente qui précèdent l’arrivée de la petite famille syrienne dans le village de Saint-Ubalde.

On rencontre Margot Moisan, la propriétaire qui prête sa maison à long terme à cette famille en ne demandant rien en retour. C’est la maison familiale, elle parle de son père qui y tenait un jardin qui servait à tout le village. Et on devine que la fondation de ce film c’est Margot, qui tend la main et qui a dans son ADN des valeurs d’inclusion, de générosité et d’ouverture à l’autre. Non, nous ne sommes pas les images que les médias renvoient de nous. Nous sommes d’abord et avant tout une communauté qui est faite de divers individus aux valeurs et aux parcours singuliers. C’est le message essentiel qui ressort de ce documentaire.

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Christian Fournier et Nadine Beaudet, réalisateurs     photo :  (c) Les vues du fleuve

Comme Nawel, cette jeune Tunisienne, la seule femme voilée du village de Saint-Ubalde, mariée à un gars du coin. Elle aussi fait partie de la communauté qui attend sa famille syrienne.

«Au moment de tourner notre documentaire, il y avait une montée des groupes nationalistes et la méfiance était de plus en plus présente. On démontre que ce n’est pas vrai que tout le monde a peur des minorités en campagne. Cela démonte les préjugés à propos du monde rural», nous explique Christian M. Fournier.

Même si tout semble plutôt beau et inclusif dans Portneuf, ce n’est pas tous les habitants de la région qui sont en accord avec l’arrivée des Syriens. Une scène du film le démontre assez bien. Un homme arrive, son nom est Éric «Corvus» Venne, l’ex-chef du groupe identitaire La Meute. Il se saisit du micro pendant une réunion des divers groupes de parrainage de la région. Il dit trouver leur geste honorable, mais aussi s’inquiéter pour la sécurité des familles.

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photo : (c) Les vues du fleuve

«Ce court moment pendant la grande réunion n’a pas duré très longtemps, mais explique bien la démarche de ce comité de parrainage. En fait, je trouve qu’ils ont bien réagi. On a décidé de mettre cette scène dans le film parce que ce n’est pas vrai que tout le monde est d’accord avec l’arrivée des Syriens. La peur de l’autre existe et il fallait le montrer. Et il fallait aussi montrer la réaction saine du comité de parrainage», nous dit Nadine Beaudet.

Aujourd’hui, plus d’un an après son arrivée, la petite famille s’est agrandie et a décidé de demeurer à Saint-Ubalde même si elle aurait pu partir pour la grande ville ou ailleurs. Ses membres parlent tous français et se sont intégrés à la petite communauté de Portneuf. Nadine Beaudet, la réalisatrice, a même démarré un autre comité de parrainage qui s’emploie à faire venir la famille d’Evlyne au village. Et si vous passez par là, sachez qu’une fois par semaine, un restaurant de Saint-Ubalde a un menu syrien à la carte.

En salle le 11 mai

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