Disobediance : Femmes libres
Cinéma

Disobediance : Femmes libres

Comme dans Carol de Todd Haynes, l’histoire d’amour entre les deux femmes importe moins que ce qu’elle génère comme miracle : la libération intérieure des deux personnages.

Sebastian Lelio aime les héroïnes rebelles, en marge de leur environnement. Rappelons-nous Gloria, qui multipliait les aventures amoureuses à l’aube de ses 60 ans, ou encore cette «Femme Fantastique», Marina, rejetée par la famille de son compagnon parce qu’elle est transgenre. Le cinéaste chilien récidive dans Disobediance avec le personnage de Ronit (Rachel Weisz), trentenaire new-yorkaise qui retourne, après le décès de son père rabbin, au sein de son ex-communauté juive-orthodoxe à Londres. Et surprise: son ancienne flamme, Esti (Rachel McAdams), a épousé l’un de ses proches (Alessandro Nivola), très religieux.

S’il s’inscrit avec cohérence dans la filmographie de Lelio axée sur des femmes insoumises, Disobediance (désobéissance, en français…), adapté du roman de Naomi Alderman, rappelle surtout Carol de Todd Haynes par son traitement très classique du scénario, une certaine élégance d’exécution et un axe narratif similaire qui fait de la libération intérieure des deux femmes la véritable apogée de l’intrigue.

Finalement, il est moins important de savoir si les deux amantes vont finir ensemble que ce que leur passion leur permet d’accomplir, soit de s’affranchir de leur passé et d’un environnement étouffant, que Lelio traduit par une atmosphère claustrophobe, baignée de couleurs ternes aux accents gris-bleus. Ainsi, pour Ronit, il s’agit avant tout de faire ses adieux à un père, une culpabilité, une vie qu’elle a laissés derrière elle, pour aller vivre libre de toute religion et interdits à New York. Quant à Esti, elle se réapproprie son futur et son couple, «libérée» par son mari, et libre de faire ce qu’elle veut, avec qui elle veut.

Le plus intéressant dans le cinéma de Lelio est qu’il filme de violents conflits intérieurs et des bouleversements tragiques, sans que jamais la violence ou la tragédie ne contaminent sa mise en scène. Celle-ci demeure étonnamment sobre, composée de silences et de cadrages raffinés, davantage intéressée à scruter des visages, des regards et des détails qu’à amplifier les drames. Son précédent long- métrage, Une Femme Fantastique, était drapé de façon similaire par un certain calme, une mélancolie aux notes poétiques.

Lelio préfère désamorcer la force mélodramatique de ses scénarios pour mettre en avant un discours positif sur la possibilité, malgré l’adversité, de vivre en accord avec ses valeurs. Il pose toujours un regard très tendre sur ses personnages, très compatissant, et préfère privilégier leurs meilleurs aspects (comme cette étreinte finale du trio, qui pourtant se déchire par amour). C’est Carol / Cate Blanchett qui affirmait dans l’une des scènes fortes du film de Haynes: «We’re not ugly people», et cette phrase pourrait tout aussi bien être prononcée ici dans Disobediance tant les protagonistes se refusent à se noyer dans la rancœur ou dans la colère.

Pour autant, le film n’est pas dépourvu d’intensité. Chaque interaction entre Ronit et Esti (incroyables Weisz et McAdams) est ainsi gorgée d’une grande puissance. La scène de l’hôtel, qui fera couler beaucoup d’encre, filme un désir sexuel féminin sauvage, libre et sans contrainte. Et le final, qui nous ramène au cimetière où gît le père de Ronit, libère une vérité vitale: il faut savoir s’élever – comme le fait d’ailleurs la caméra – au-dessus du passé, des morts et des limites imposées, pour aller de l’avant.

Disobediance
Sortie le 18 mai

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