La chute de Sparte : Histoire tragique
Cinéma

La chute de Sparte : Histoire tragique

Reprenant les codes du film d’ados américain, La chute de Sparte aborde la période de l’école secondaire comme une tragédie grecque, une «bataille» de laquelle on ressort métamorphosé.

Interprété par Lévi Doré, jeune acteur de 18 ans au talent certain, Steeve Simard est l’archétype de l’adolescent renfermé qui, au-delà de sa chambre et du monde imaginaire qu’il s’est créé à travers ses lectures, peine à se lier aux autres élèves de son école, une polyvalente de Saint-Lambert judicieusement nommée Gaston-Miron. En secondaire 5, son destin change soudainement lorsqu’il tombe en amour avec Véronique (Lili-Ann De Francesco) et se bute, par la bande, à la bête de l’équipe de football des Spartiates, Giroux (Karl Walcott).

«C’est là qu’il va devoir affronter le réel et arrêter de juste chialer et subir. Il va devenir le pilote aux commandes de sa vie», explique Biz, coscénariste de La chute de Sparte avec le réalisateur Tristan Dubois et auteur du best-seller homonyme inspiré de sa propre adolescence. «Quand tu écris un livre, tu veux une histoire forte, tragique, et à mon avis, y a rien de plus tragique que l’adolescence. En cinq ans, tu vas jamais te transformer autant que ça. C’est là que t’as ta première job, ta première blonde, ta première brosse… Pour moi, finir son secondaire, c’est gagner une bataille.»

À l’instar de Charlotte a du fun (de Sophie Lorain) et des Faux tatouages (de Pascal Plante), deux autres films parus cette année qui abordent avec réalisme cette période de mutation et d’inconstance qu’est l’adolescence, les deux scénaristes ont choisi de faire confiance à de jeunes acteurs pour la plupart inconnus du grand public. Seuls Lévi Doré et Karl Walcott (respectivement vus dans les séries Au secours de Béatrice et Le chalet) avaient une expérience plus étoffée devant la caméra.

«En fait, on a eu quelques auditions avec des acteurs connus, et ça n’a pas du tout abouti. Ils arrivaient pas préparés, un peu paresseux… Ça m’a un peu déçu, révèle Biz. À l’inverse, ceux qui ont fait les auditions sauvages, ils ont bûché leur vie! C’est sûr que y a des risques à prendre ces acteurs-là, car ils sont moins professionnels. En même temps, ça devient presque un documentaire par moments, car on part de qui ils sont pour étoffer les personnages du film. On leur disait presque d’amener leur propre linge!»

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Muraille du film, situé sur la plaza Saint-Hubert. photo : Antoine Bordeleau

«Moi, j’ai jamais compris ça, le cast à la Watatatow», admet Tristan Dubois, qui s’est pourtant fait connaître en jouant dans cette série reconnue pour engager de jeunes adultes à la place d’adolescents. «Oui, le tournage va vite parce que les pros ont de l’expérience, mais en même temps, y a quelque chose de beau à faire le contraire. Au début, [les adolescents en vedette dans La chute de Sparte] avaient le réflexe de se cacher derrière d’autres acteurs. On a demandé à Karl [Walcott] d’être un exemple pour eux, car il est un peu plus vieux.»

«C’était vraiment notre joueur de concession, Karl. Il incarnait l’assurance», confirme Biz.

Loin d’être relégué à l’arrière-plan après l’écriture du scénario, Biz a joué un rôle important aux côtés du réalisateur. «J’ai dit à Tristan: “Je vais prendre autant de place que tu veux que je prenne.” En fin de compte, y a fallu couper des bouts du scénario pour des raisons de budget, donc ça nécessitait une restructuration de l’histoire. On pouvait pas juste arracher des pages.»

Ces petits changements de dernière minute n’ont toutefois pas altéré l’ambiance du tournage. «Y avait une symbiose naturelle entre les acteurs. Entre les prises, ils se faisaient du fun entre eux, donc lorsqu’on tournait, ils étaient super détendus, se rappelle Dubois. On dit que faire du cinéma, c’est laborieux, mais c’est possible d’accoucher sans douleur.»

En amont, toutefois, le travail n’a pas été aussi simple et linéaire. Publié en 2011 chez Leméac, La chute de Sparte a nécessité quatre dépôts de scénario à la SODEC et à Téléfilm Canada avant d’être accepté et financé comme production cinématographique. Sept ans séparent donc la sortie en salle et le coup de cœur instantané de Tristan Dubois qui, au lendemain d’une nuit où il a dévoré le livre de bout en bout, a appelé son bon ami pour le convaincre d’en faire un film. «Y a des écritures qui sont littéraires et d’autres, cinématographiques. La chute de Sparte, ça appartenait clairement à la deuxième catégorie», explique le réalisateur, qui signe ici son premier long métrage en français. «En le lisant, je voyais le rythme, les personnages, l’imbrication des intrigues. J’étais en train de le shooter dans ma tête.»

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photo : Antoine Bordeleau

«Reste qu’à un moment donné, on savait pus où donner de la tête, confie Biz. La troisième fois, on trouvait notre scénario écœurant, on était presque en train de magasiner notre tuxedo pour les Oscars… Pis finalement, on se fait dire non! On était sur le point de l’avoir, mais c’était l’année des suites de Bon Cop, Bad Cop et de De père en flic… Heureusement, la SODEC croyait en notre projet, donc elle nous a exceptionnellement permis de redéposer une quatrième fois. [Ensuite, c’est vraiment] en regardant les commentaires des comités de lecture [qu’on] a pu bonifier le scénario. Au début, on essayait d’adapter le roman scène par scène, mais on s’est rendu compte que ça marchait pas. Fallait changer l’histoire pour mieux la raconter, ce qui m’a permis de l’améliorer parfois. Mes personnages avaient eu le temps de vivre en cinq ans, et je pouvais les amener plus loin.»

Lauréat du Prix du livre jeunesse des bibliothèques de Montréal ainsi que du Prix jeunesse des librairies du Québec, La chute de Sparte bénéficie donc d’une nouvelle mouture à la fois plus condensée et plus poussée. Destiné aux adolescents, comme en témoigne la populaire bande-annonce lancée sur Facebook juste avant la semaine de relâche et partagée plus de 1500 fois depuis, le film contient son lot de références à la culture québécoise, qu’un tout autre public pourra sans doute apprécier. «On a eu nos divergences de points de vue avec le distributeur et sa façon de faire la promo. Oui, la bande-annonce fait très high school movie, et on aurait clairement pu s’en mêler pour faire changer ça… Mais l’avantage, c’est qu’on a eu plus de 200 000 vues en moins de deux semaines», reconnaît Dubois.

«J’avais des doutes moi aussi sur la bande-annonce, mais elle marche, poursuit Biz. C’est sûr qu’on s’adresse aux jeunes dans le film, mais on voulait pas non plus le faire en utilisant des “chill” pis des “nice”. On a mis du Gaston Miron solide, des références à Pierre Bourgault, un clin d’œil à Elvis Gratton… Les jeunes de 15-16 ans, ils ramasseront pas ça nécessairement, mais les parents, oui.»

S’il se confirme en salle, le succès de La chute de Sparte pourrait donner le ton à davantage d’adaptations cinématographiques de romans jeunesse québécois, un secteur très vivant de notre littérature mais curieusement peu porté à l’écran depuis Le journal d’Aurélie Laflamme en 2010. «On a une super bonne littérature pour les jeunes», juge Biz, en nommant les livres de Simon Boulerice. «Je lance une lettre ouverte à l’univers: les filles pis les gars qui veulent faire du cinéma au Québec, prenez compte de la talle de scénario jeunesse qui dort dans nos romans. C’est vraiment fort.»

En salle le 1er juin

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