La disparition des lucioles : Combattre le cynisme
Cinéma

La disparition des lucioles : Combattre le cynisme

Avec La disparition des lucioles, comédie dramatique menée par la jeune comédienne Karelle Tremblay, Sébastien Pilote livre ce qu’il considère comme son film le plus accessible à ce jour.

Prenant place dans une ancienne ville industrielle, ce troisième long métrage du cinéaste saguenéen s’articule autour du personnage de Léo, une adolescente fougueuse à l’attitude marginale, interprétée avec beaucoup d’aplomb et de vigueur par Karelle Tremblay. Aux prises avec un beau-père animateur de radio (François Papineau) qu’elle déteste profondément pour avoir provoqué l’exil de son père (Luc Picard), un chef de syndicat déchu, elle tente de fuir son quotidien auprès de Steve (Pierre-Luc Brillant), un professeur de guitare timide et reclus avec qui elle développera une relation ambiguë.

«Je voulais placer le personnage de Léo entre deux extrêmes: un beau-père omniprésent et populiste, et un père absent et ancien syndicaliste, forcément de gauche, explique Pilote. Entre les deux, il y a un vide, une solitude, et Léo va se trouver une figure de substitution, une sorte de troisième figure paternelle, avec Steve. D’une certaine façon, elle essaie de se sortir de son cynisme pour s’ouvrir à un homme incarnant la générosité et la naïveté. Steve est une bouffée d’innocence, quelqu’un qui se pose pas trop de questions et qui accepte gentiment son sort.»

«C’est surtout l’histoire d’une fille qui s’en câlisse un peu, qui est tannée des gens autour d’elle et qui veut changer le cours des choses, poursuit Karelle Tremblay. Elle a besoin de quelque chose qui la thrill, qui la déstabilise, et ce gars-là, Steve, va venir brasser les cartes dans son monde. Elle voit une opportunité de changement à travers lui.»

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Karelle Tremblay et Pierre-Luc Brillant     photo : Courtoisie Les Films Séville

La jeune actrice n’a pas eu à puiser bien loin pour habiter ce personnage, son premier rôle principal au grand écran depuis Les êtres chers (2015). «Ce genre de fille là vraiment cynique, je l’ai pas mal été moi-même à l’adolescence. Quand j’ai lu le scénario, je me suis vue il y a cinq ans, et il y a quelque chose qui m’appelait dans cette idée de revivre ça à 22 ans.»

Sa relation avec Pierre-Luc Brillant avait aussi quelque chose de naturel: «C’est un peu un bum… et moi aussi. On est tous les deux des acteurs d’instinct, qui ont pas besoin de beaucoup de préparation.»

Pour le réalisateur, le choix de Karelle Tremblay s’imposait depuis le moment où sa fille de 14 ans lui a fait découvrir l’émission jeunesse Jérémie, diffusée depuis 2015 à VRAK. «Elle m’avait dit de prêter attention à une actrice qu’elle aimait beaucoup [dans cette émission]. Je me suis mis à regarder ça et j’ai tout de suite constaté sa force d’attraction. Quand on la voit dans une scène, on a tout de suite hâte de la revoir dans la prochaine. Elle a une photogénie intéressante, une attitude aussi. Elle a beaucoup de traits de caractère qui rejoignaient mon personnage.»

Œuvre politique

Malgré ses ressemblances avec Léo, Karelle Tremblay a dû relever un défi de taille durant le tournage de ce film, car elle y tient un rôle soutenu et exigeant. «Ma concentration devait être très élevée, car je suis back à back dans toutes les scènes. Je porte un peu le film sur mes épaules, donc c’est sûr que j’avais des insécurités. J’avais peur que ce soit de ma faute si le film était pas bon», confie la comédienne, qui révèle être plus confiante depuis les commentaires positifs qui ont suivi la projection du long métrage en ouverture du Festival international du film de Karlovy Vary.

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Le réalisateur Sébastien Pilote     photo : Antoine Bordeleau

Habitué de réaliser des films avec des premiers rôles prenants, comme c’était le cas avec Gilbert Sicotte dans Le vendeur et Gabriel Arcand dans Le démantèlement, Sébastien Pilote a préconisé une approche différente avec la jeune actrice. «C’est une actrice qui a un don inné. Elle a commencé jeune, sans formation, et je voulais pas briser cette force-là. Même chose pour Pierre-Luc, qui a commencé sa carrière durant l’enfance. Je les ai donc dirigés d’une manière détournée, en intervenant le moins possible et en leur laissant beaucoup de liberté. J’ai souvent tendance à descendre le jeu de mes acteurs pour avoir un feeling naturaliste, mais là, je les ai laissés me guider, quitte à aller vers un jeu plus fabriqué, voire artificiel, à certains moments.»

Tourné sur le bord de la baie des Ha! Ha!, qu’il avait déjà mise en scène dans son premier court métrage acclamé Dust Bowl Ha! Ha! en 2007, ce long métrage dépasse le stade du récit typique abordant la fin de l’adolescence et le passage à l’âge adulte «à la Juno ou Lady Bird».

Pour le principal intéressé, La disparition des lucioles est d’abord et avant tout une œuvre politique. «C’est la réalité d’une ville industrielle qui, après une fermeture d’usine, devient une ville touristique. À ce moment-là, la baie représente à la fois un cul-de-sac et une ouverture sur le monde.»

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Luc Picard et Karelle Tremblay      photo : Courtoisie Les Films Séville

Plus précisément, le titre du film est une référence au penseur politique Pier Paolo Pasolini. Dans un long article publié en 1975, quelques mois avant son assassinat, l’écrivain italien déplorait la pollution atmosphérique ayant causé la disparition des lucioles de son pays, la comparant à «l’installation d’un système empoisonné de dictature consumériste et capitaliste moderne». Sans verser dans le cinéma pamphlétaire, le film de Pilote aborde ces questions en sous-texte, notamment à travers les forces politiques antagonistes qu’incarnent les deux figures paternelles de Léo.

Au fait de cette dimension sociopolitique, Karelle Tremblay s’est contentée de «comprendre le film du mieux qu’[elle peut]», sans trop forcer son analyse. «L’important, c’était que je sache où mon personnage se situe là-dedans. Y a aussi des choses que Sébastien ne m’a pas dites pour éviter que mon cerveau aille ailleurs durant le tournage.»

Et le spectateur peut lui aussi se laisser porter doucement par La disparition des lucioles, un film beaucoup moins dur que ses deux prédécesseurs. «Il y a clairement un changement de ton. Mes autres films avaient quelque chose de plus dramatique, tandis que là, on désamorce constamment le drame avec quelque chose de plus léger, observe le réalisateur. C’est une œuvre que je voulais plus jeune, dynamique et accessible. C’est pas conçu pour sonner comme une symphonie, mais bien comme une chanson pop.»

En première au FCVQ
Jeudi 13 septembre à 20h au Palais Montcalm

En salle le 21 septembre

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