Au poste! de Quentin Dupieux : Coup de théâtre!
Cinéma

Au poste! de Quentin Dupieux : Coup de théâtre!

Discuter avec Quentin Dupieux, c’est converser avec un artiste qui n’a pas peur de faire sauter les conventions pour faire les choses autrement; à l’image de son sixième long métrage, Au poste!, qui sort ce vendredi sur nos écrans.

«Ce que j’aime dans l’art, c’est la sensation de ne pas être professionnel», nous dit le Parisien en début d’entretien. «Je viens de terminer mon septième film (NDLR Le daim avec Jean Dujardin) et, sincèrement, je l’ai conçu comme un premier film, avec un réel état d’esprit d’amateur, de redécouverte et de prises de risque.»

Dupieux est reconnu pour son cinéma déjanté et plutôt champ gauche. Dans Rubber, son troisième film, le personnage principal est un pneu animé d’une frénésie meurtrière. Mais le réalisateur ne fait pas que dans l’absurde vide, il est préoccupé par la notion de spectacle et des mécanismes de la représentation. Ses films usent de mises en abyme et exploitent les récits enchâssés pour amener le spectateur dans des histoires labyrinthiques. Dans Au poste!, on a l’impression de jouer au chat et la souris avec le scénariste tout en riant beaucoup.  

«J’avais une envie avec ce film de faire une vraie comédie, ce qui n’a pas toujours été le cas avec mes films», nous explique le réalisateur. «J’ai eu envie de mettre l’accent sur les comédiens et le texte et que ce soit comme une pièce de théâtre hyper savoureuse basée sur la comédie. Le postulat de départ est anti-cinématographique – il n’y a rien de moins cinématographique qu’une pièce de théâtre.»

Au poste! met en scène un interrogatoire dans un commissariat. Fugain (Grégoire Ludig) a retrouvé un corps froid et en sang et le commissaire Buron (Benoît Poelvoorde) va le questionner toute la nuit. Le mécanisme dramatique est simple et le film repose entièrement sur les niveaux de jeu de ses deux principaux comédiens. Fugain est réaliste, terre à terre, tandis que Buron semble n’avoir qu’une envie: rentrer chez lui. Pendant l’interrogatoire, plusieurs personnages entreront et sortiront de scène: Philippe (Marc Fraize), le policier borgne, Fiona (Anaïs Demoustier), la femme de Philippe ainsi qu’une ribambelle de personnages venant renforcer le sentiment d’absurde enquête qui ne mène à rien et où tout le monde semble incompétent et égaré. 

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«Avant ce film, j’ai fait quatre films en anglais, une langue que je ne maîtrise pas avec autant de finesse que le français. J’avais ici envie de renouer avec ma langue, et j’ai toujours eu un goût pour les dialogues du cinéma français. Pendant longtemps, j’ai eu besoin de m’échapper, d’être hors de chez moi pour m’inspirer. De vivre à Los Angeles pendant toutes ces années a fait mon bonheur pendant un temps. Mon retour en France me donne un nouveau regard sur mon pays, presque comme celui d’un étranger.»

Pour ce premier film en France de celui qui se fait appeler dans sa vie électronique Mr. Oizo, la méthode de tournage DIY transforme le plateau en carré de sable où les comédiens redeviennent des enfants. Dupieux s’occupe lui-même de la direction photo et tourne avec une équipe réduite de cinq ou six personnes. C’est une question de relation plus directe avec le comédien et aussi un travail de spontanéité. Sur le plateau d’Au poste! Benoît Poelvoorde passait ses journées entières à jouer face à la caméra et non à attendre dans les loges la prochaine scène et les ajustements techniques.

«Cette notion de l’enfance, qui doit demeurer au coeur de ma pratique, est fondamentale», avoue Dupieux. «Tu peux travailler de façon très rationnelle et avoir un plan de carrière en visant un public et tout d’un coup tu deviens un fabricant de saucisses. Tu t’adresses à un supermarché, celui-ci te laisse une place dans les rayons et en fin de compte tu es un faiseur. J’ai une liberté totale sur mes projets et je veux la conserver. Je veux m’amuser et que les comédiens aient le sens du jeu sur mon plateau.»  

Son prochain film est déjà monté et est intitulé Le Daim. Le pitch de l’intrigue est savoureux: c’est l’histoire d’un mec qui dérape à cause d’un blouson en daim. Juste pour cette phrase on a hâte de voir Jean Dujardin chez Quentin Dupieux! Pour le moment, c’est Poelvoorde dans un commissariat et cela sort aujourd’hui sur nos écrans!

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