Sisters Brothers : Un western façon Audiard
Cinéma

Sisters Brothers : Un western façon Audiard

Le cinéaste français Jacques Audiard s’aventure pour la première fois dans le genre western et propose un premier long métrage dans la langue de Shakespeare, The Sisters Brothers.

Jacques Audiard a une fiche quasi irréprochable. En signant en 2009 le magnifique drame de prison Un prophète, il est passé tout près de rafler la Palme d’or. En 2012, il a dirigé avec brio Marion Cotillard et Matthias Schoenaerts dans le touchant et rude De rouille et d’os. Avec Dheepan en 2015, fable sombre d’immigration, le Français remportait enfin sa Palme.

Dans The Sisters Brothers, adaptation du roman de Patrick DeWitt, John C. Reilly et Joaquin Phoenix interprètent des frères assassins – l’un est doux et responsable, l’autre est impitoyable et alcoolique – qui partent aux trousses d’un scientifique (Raz Ahmed) qui aurait une formule spéciale pour trouver de l’or. Un western façon Jacques Audiard, c’est un grand régal.

Voir : Vous dédiez ce film à votre frère. Est-ce la force de la fratrie qui vous a motivé à faire ce film avant tout?

Jacques Audiard: C’est une chose assez étonnante en fait. Le sujet, c’est-à-dire le roman de DeWitt, m’a été proposé il y a six ans par la productrice Alison Dickey et John C. Reilly. C’est un western, c’est donc censé se passer loin dans le temps et l’espace. Nous écrivons six ou sept versions de l’adaptation, nous choisissons avec soin les acteurs, nous nous préparons durant je ne sais combien de mois, nous tournons durant quatorze semaines, je monte durant de nombreux mois également… et c’est au bout de tout ce temps, ces années, ces mois, que je me souviens que mon frère est décédé quand j’avais 22 ans et que ç’a été un moment terrible. Or ça s’appelle quand même The Sisters Brothers, ça ne parle que de frères, et je n’y ai pas pensé une seconde! Au secours.

C’est l’acteur John C. Reilly qui a acquis les droits du roman de Patrick DeWitt il y a quelques années. Comment sa vision de l’adaptation cinématographique rejoignait-elle la vôtre?

Franchement, je ne sais pas ou je ne sais plus. Il s’avère qu’au bout d’un certain nombre de tâtonnements et de versions, nos visions étaient les mêmes. J’aimerais bien vous dire qu’il y a eu des divergences terribles et des conflits sans nom, mais ça n’a pas été le cas. Je crois que tous les deux, tous les quatre – j’associe aussi Alison Dickey et le scénariste Thomas Bidegain –, nous adorions le livre de Patrick et c’était a minima le socle de notre entente et du film. Je pense, d’ailleurs, que même si l’adaptation n’est pas fidèle à la lettre, elle l’est en revanche complètement à l’esprit.

Joaquin Phoenix (left) stars as “Charlie Sisters” and John C. Reilly (right) stars as “Eli Sisters” in Jacques Audiard’s THE SISTERS BROTHERS, an Annapurna Pictures release. Credit : Magali Bragard / Annapurna Pictures
photo : Magali Bragard / Annapurna Pictures

Les frères Sisters ont des personnalités qui s’opposent. Y trouviez-vous là des échos à d’autres duos de personnages dans vos films précédents?

Peut-être? Franchement, je ne sais pas. Disons qu’à partir du moment où l’on imagine des duos – duos d’hommes ou de femmes – dans un projet de comédie, Sisters Brothers est pour moi une comédie, vous arrivez très vite à des archétypes: le gros/le maigre, le grincheux/le débonnaire, etc. Donc peut-être y a-t-il des similitudes avec des duos comme Kassowitz/Trintignant [Regarde les hommes tomber, 1994] ou Rahim/Arestrup [Un prophète, 2009], etc.

Au TIFF récemment, vous avez affirmé ne pas être un grand fan de westerns. Quel est alors votre rapport à ce genre? Vous l’utilisez avant tout comme contexte dans lequel raconter votre histoire et faire évoluer vos personnages?

Oui, faire un western revient pour moi à faire un film d’époque. Je ne peux, en tant que Français, revendiquer une quelconque appartenance au mythe, au récit américain. Ce n’est pas ma culture. En revanche, je peux m’y intéresser avec passion.

C’est la deuxième fois que vous adaptez des récits d’auteurs canadiens, après De rouille et d’os d’après des nouvelles de Craig Davidson. Quelles sont les grandes qualités qui vous touchent dans cette littérature canadienne?

Je serai bien incapable de vous parler de la littérature canadienne avec la moindre profondeur, et surtout la moindre qualification. Il s’avère, et je pense vraiment que c’est un hasard, que j’ai adapté deux auteurs anglo-canadiens. La conclusion que j’en tire immédiatement: vous avez saprément de bons auteurs!

Y a-t-il eu des défis particuliers à tourner un premier film dans la langue de Shakespeare?

Non. Je parle très, très mal anglais, mais mon film précédent était en tamil et je ne parle pas un mot de tamil. En fait, je dois avoir un rapport simplement musical avec l’anglais. J’écoute Bob Dylan depuis que j’ai 12 ans et je ne comprends qu’un mot sur cinq.

En salle le 12 octobre

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