Bohemian Rhapsody : Divertissement de qualité
Cinéma

Bohemian Rhapsody : Divertissement de qualité

L’acteur Rami Malek brille de ce film imparfait et hautement divertissant à la fois, un biopic somme tout assez propret sur la vie du célèbre Freddie Mercury.

Fédératrice et accrocheuse, la musique de Queen a su transcender les époques, se faufiler jusqu’aux écouteurs des jeunes d’hier comme d’aujourd’hui. Que celui qui n’a jamais entonné les “galileo, galileo” de Bohemian Rhapsody un soir de brosse se lève ou ne se taise pour toujours. Cette chanson, qui prête par ailleurs son titre au long-métrage, fait pour ainsi dire partie d’un certain patrimoine mondial.

Inspirée par les codes esthétiques de l’opéra, à la fois tragique et rigolote, la pièce capture très bien l’essence de ce quatuor anglais formé de marginaux autoproclamés. Elle devient presque un personnage à part entière, et au fil des scènes, à l’occasion cette séance d’enregistrement épique suivie d’un débat houleux avec un haut placé des disques EMI. N’y a-t-il pas plus hollywoodien, plus romantique, qu’une bonne histoire d’artistes géniaux, mais sous-estimés?

À cet égard, Rami Malek (déjà récipiendaire d’un Emmy en 2016 pour Mr Robot) s’impose comme un comédien dont on se promet de suivre l’éclosion. L’américain d’origine égyptienne relève ce défi avec brio, remplaçant un Sacha Baron Cohen (Borat) qui s’était retiré du projet pour des raisons qu’il nous sera donné d’évoquer sous ces quelques lignes. Quoi qu’il en soit, Malek impressionne par sa gestuelle parfaitement calquée sur celle de feu Mercury, ses poings serrés, ses pas de danse frénétiques, sa manière qu’il a de contracter ses muscles. Mentionnons toutefois que ce n’est pas lui, mais plutôt Marc Martel, un Québécois, qui prête sa voix à ce chanteur exceptionnel.

Occasions ratées

Bohemian Rhapsody déçoit un tantinet, néanmoins, et l’interprète principal n’y est absolument pour rien. Le scénario hétéronormatif à souhait et l’omniprésence du personnage de Mary (sa blonde jouée par Lucy Boyntown) a de quoi laisser pantois. Il faudra attendre l’ultime tiers du film avant que Freddie Mercury, icône LGBT notoire, ne vienne à verbaliser son orientation sexuelle, cette part de son identité qu’il aura eu tant de mal à admettre de son vivant, en public. On aurait cru que cet accès aux coulisses nous permettrait d’explorer davantage ce pan de sa vie. Hélas, non.

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À en croire les dires de Sasha Baron Cohen, ce serait les trois autres membres de Queen qui auraient interféré dans certains choix éditoriaux, n’autorisant pas de mettre l’accent sur le mode de vie extravagant de leur regretté collègue. Or, les temps n’ont-ils pas considérablement changé depuis la fin des années 1980? Les scénaristes avaient pourtant tout en main pour mettre en scène un héros inspirant et différent de ceux que le cinéma grand public a l’habitude de nous présenter. À la place, on nous présente Mary comme un ange, celle qui viendra sauver son ex à Munich tandis qu’il était sous l’emprise du méchant Paul – cet amant contrôlant qui le tenait à l’écart du monde et l’entraînait dans un party perpétuel, l’incitant à boire, à consommer des substances illicites et à coucher avec de beaux jeunes hommes. Le message que cela sous-tend est assez problématique.

Autre lacune? La narration franchement expéditive. Il ne s’écoule, par exemple, qu’une demi-douzaine de minutes entre le concert initiatique de groupe et leur première entrée en studio. Répétés, ces sauts dans le temps nous permettent mal de suivre l’évolution des personnages. C’est comme si la vie de Freddie Mercury et ce qu’il continue de représenter était trop grand pour être condensé sur deux heures et quatorze minutes, comme si ce récit très riche aurait fait une meilleure télésérie.

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