À tous ceux qui ne me lisent pas : Se libérer du feu qui nous dévore
Cinéma

À tous ceux qui ne me lisent pas : Se libérer du feu qui nous dévore

Yves Boisvert était un poète pour qui la vie n’était guidée que par un idéal: la liberté totale. Yan Giroux et Guillaume Corbeil lui ont consacré un film qui tente de traduire ce sentiment de liberté en se tenant loin du film biographique linéaire.

«J’ai rencontré Yves alors que j’étais adolescent, à une époque où je commençais à écrire de la poésie», nous raconte le réalisateur Yan Giroux. «J’étais fasciné par Rimbaud et Nelligan et je n’avais aucune porte d’entrée dans la poésie contemporaine. C’est en rencontrant la fille de Dyane Gagnon [qui a été la compagne du poète pendant plus de 20 ans] que je suis entré en contact avec le monde du poète. Cela me changeait de l’univers plutôt straight de ma vie sherbrookoise de l’époque. Plusieurs années plus tard, quand j’ai commencé le cinéma et la publicité, Yves a joué le rôle de chien de garde moral par rapport à ce que je faisais.»

L’histoire d’À tous ceux qui ne me lisent pas présente le poète Yves Boisvert (Martin Dubreuil), vivant dans un appart d’où il est déjà exproprié et qui tente de trouver sa vérité dans les bras de Dyane Gagnon (Céline Bonnier). Marc (Henri Picard), le fils de Dyane, devient témoin de cet amour naissant et désordonné. Il est fasciné par cet homme et nous observons la transformation du jeune homme au contact de la poésie et inversement du legs qu’apprendra à fabriquer Boisvert.

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crédit photo : Ian Lagarde

À tous ceux qui ne me lisent pas est un premier long métrage de fiction pour Yan Giroux, lui qui nous avait offert le documentaire alcoolisé Élégant sur le groupe Chocolat aux Îles-de-la-Madeleine et plusieurs courts métrages de fiction dont Lost Paradise Lost. C’est aussi un premier scénario de fiction pour l’auteur Guillaume Corbeil (Trois princessesNous voir nous [Cinq visages pour Camille Brunelle]). Les deux complices ont choisi de camper l’action aujourd’hui, parce que le sujet de leur film est contemporain: la place de l’artiste dans notre société québécoise. «Le danger dans ce type de film est de tenter de raconter toute la vie de l’artiste, cela crée souvent des films sans saveur», dit Giroux. «Guillaume m’a aidé à m’éloigner des faits et à circonscrire le personnage.»

Le travail de coscénarisation s’est donc déroulé de façon à ce que Guillaume Corbeil distancie Giroux de sa relation de proximité avec la vie du poète.

«Au début du processus d’écriture, je me méfiais des faits, mais plus on avançait dans notre travail et plus on se rendait compte de la vérité qu’ils portaient», raconte Guillaume Corbeil. «Notre objectif de départ n’était pas de faire un biopic, mais de faire un film sur un poète, dont Yves Boisvert n’est qu’une manifestation. On voulait savoir: qu’est-ce qu’un artiste? Qu’est-ce qu’un poète? Qu’est-ce que l’intégrité?»

" LES CHAOUINS"

Le film de Giroux nous amène dans l’univers de la poésie et questionne la place qu’elle occupe dans notre monde. Dans le film, on sent la relation de proximité entre Boisvert et son agent joué par Jacques L’Heureux. Mais ce dernier a dû vendre sa petite maison d’édition à un groupe plus grand, faisant un choix réaliste dans un monde où la poésie n’occupe plus d’espace. C’est le moment où le triptyque Cultures périphériques est refusé par son ami et éditeur, une claque dans la face du poète. C’est le triomphe de la pensée niaiseuse, du titre d’un de ses recueils.

«On a choisi de présenter cet épisode de la vie du poète dans notre époque actuelle, en 2018, pour revendiquer sa pertinence», poursuit le réalisateur. «Nous appelons d’autres livres et d’autres poètes qui sauront confronter notre confort et l’ordre établi.»

Car avant de brosser le portrait d’un homme habité par un feu que rien ne semble pouvoir éteindre, ce film provoque l’envie de lire et d’aller provoquer un peu de désordre dans un monde contemporain qui voit la culture comme une dépense. Ce que semblent vouloir nous dire Corbeil et Giroux, c’est que la culture n’est pas un bien matériel, c’est quelque chose qui place notre identité sur le grand échiquier américain.

Ce que nous dit Boisvert, c’est qu’il faut être libre, mais que nous avons aussi besoin des autres.

Se libérer du feu qui nous dévore, c’est accepter l’idée du legs.

En salle le 23 novembre

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