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The Favourite : jalousie royale
Cinéma

The Favourite : jalousie royale

Yorgos Lanthimos nous avait habitués à des histoires assez sombres et loufoques, à des récits étrangement captivants. Dogtooth (2009) était un huis clos familial où trois jeunes adultes, un frère et deux soeurs, enfermés dans la maison familiale depuis leur naissance, finissaient par tuer sauvagement un chat et se faire des faveurs sexuelles. Dans The Lobster (2015), long métrage qui a valu un buzz certain au réalisateur, les gens qui tombaient en célibat avaient 45 jours pour se retrouver un compagnon ou une compagne sinon ils se transformaient en animal… Ça donne une idée de l’imaginaire du cinéaste.

Avec The Favourite, le cinéaste grec s’attaque ici pour la première fois à un scénario qui n’est pas le sien (Deborah Davis et Tony McNamara sont les auteurs). Et ça donne sans doute son film le plus accessible sans toutefois perdre sa vision décalée. Il nous propose un drame historique à l’humour noir, nous ramenant au début du 18e siècle au royaume de la reine Anne d’Angleterre (fabuleuse Olivia Colman). Nous sommes en pleine guerre avec la France, la reine est malade, et sa garde rapprochée se bat pour son pouvoir à grands coups de dialogues acerbes. La Duchesse Sarah Mulligan (inébranlable Rachel Weisz) perd peu à peu son influence au profit de sa cousine Abigail Hill (pimpante Emma Stone), ambitieuse jeune femme qui revient de loin.

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Le réalisateur a trouvé, dans ce contexte où les décors, les costumes et les chevelures débordent d’excès, un sacré terrain de jeu pour faire évoluer son imaginaire absurde où il est libre d’aborder ses éléments fétiches: la tension, la violence psychologique, la vengeance, la sexualité.

Il va sans dire que les images, comme elles l’ont toujours été chez Lanthimos, sont magnifiques. Il en rajoute une couche en utilisant à quelques occasions une lentille «fish-eye», ce qui distorsionne l’image. Et il se paye une belle traite en utilisant que la lumière naturelle. Tout pour le cinéma!

Et que dire de ces performances puissantes des trois femmes à l’affiche. Rachel Weisz est une tête forte, ébranlée par une jeune première. Emma Stone trouve en Abigail un personnage fait sur mesure pour sa personnalité séduisante et radieuse. Et puis cette reine, interprétée par Olivia Colman, exceptionnelle dans ce rôle tout en douleur, confusion en perte de repères. Donnez-lui tout de suite un Oscar.

Au final, The Favourite est moins dérangeant ou traumatisant que les précédents films de Lanthimos, mais il ne s’agit là certainement pas d’un faux-pas, car le cinéaste frappe encore un grand coup.

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