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Shoplifters : Famille de circonstance
Cinéma

Shoplifters : Famille de circonstance

Gagnant de la Palme d’or à Cannes, le plus récent film du Japonais Hirokazu Kore-eda – riche d’une filmographie déjà très respectable – constitue le portrait quotidien d’une famille pour le moins inusitée. Après avoir commis un vol dans un supermarché, «père» et «fils» recueillent une fillette esseulée maltraitée par ses parents. Or, dans leur petit appartement surchargé vivent déjà plusieurs membres de cette singulière famille de circonstance. D’aucuns pourraient y voir, aux premiers abords, la version japonaise des Bougon, mais le ton n’est certainement pas autant incisif ni ne verse dans la satire. Certes, la famille a bien peu de moyens; à défaut de les voir, ils se contentent d’écouter les feux d’artifice. Bien que leurs intentions soient nobles, d’un point de vue extérieur, le «sauvetage» de la fillette demeure un cas de kidnapping. Mais ces personnages semblent échapper au poids des lois et des règles. On se questionne sans cesse sur la légitimité de leurs actes, mais on finit par oublier, ne serait-ce qu’un instant, les dogmes de la société de droit pour apprécier cette série de tableaux de la vie quotidienne déployés avec une tendresse infinie. Chez Kore-eda, le quotidien peut rapidement être bousculé par d’improbables situations qui soulèvent souvent des questions morales, à l’instar du film Tel père, tel fils (2013). Shoplifters (Une affaire de famille) n’y fait pas exception.

Rapidement, la fillette apprend aussi à voler, alors que l’ainée de la famille, comme dans Paris-Texas, vend ses charmes dans une vitrine où les clients peuvent la voir sans être vus. Mais même si la misère est omniprésente, le regard de Kore-eda n’est pas celui d’un juge de la moralité. Grâce à l’abondance de couleurs vives et son ton relativement optimiste – du moins, jusqu’à ce que tout bascule – le film n’est pas d’une morosité obscène ni ne patauge dans le pathos.

L’attrait du film réside dans la cohésion de cette improbable famille, qui redouble d’ingéniosité afin de survivre, tout en soulignant l’importance des rituels et en faisant une place prépondérante à l’amour. Rarement a-t-on vu un portrait aussi intimiste d’une famille qui fait preuve d’autant de résilience et de débrouillardise. Mais le monde marginal qu’ils se sont créé, avec leurs propres codes, tient d’un équilibre précaire, où chacun veille aussi à ses propres intérêts. Alors que tout s’écroule, on sort de ce film bouleversé, dans nos convictions et nos jugements, et on s’incline devant la minutie et le talent de Kore-eda pour mettre en scène les tropismes du quotidien.

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À l’affiche le 21 décembre au Cineplex Forum, Cinéma du Parc, Cinéma Beaubien (Montréal), Clap à Québec; le 28 décembre au Tapis Rouge à Trois-Rivières; le 4 janvier 2019 au Cinéma du Musée; en janvier 2019 à la Maison du Cinéma à Sherbrooke

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