Ne manquez rien avec l’infolettre quotidienne.
Cold War : Froide passion
Cinéma

Cold War : Froide passion

Il y a, dans les films de Pawel Pawlikowski, une fascination pour les êtres torturés, sinon compliqués, qui cherchent à estomper les douleurs passées, à travers des chemins sinueux. Il y a un souci du lieu et de l’impact qu’il exerce sur les personnages, adroitement cerné par des cadrages audacieux. Il y a des intrigues amoureuses imparfaites, mais hypnotiques, tordues par le contexte sociopolitique dans lequel elles sont nées. Mais à travers ces histoires et ces personnages, il y a surtout l’Europe, particulièrement la Pologne. Si Ida (2013) nous parlait des stigmates que laissait la Deuxième Guerre mondiale, Cold War, comme son titre l’indique, place ses amants d’une part et d’autre du mur, physiquement et idéologiquement. De cette façon, la démarche amorce une réflexion sur l’immuabilité de cette opposition quant à la reconstruction identitaire du pays.

Zula (Joanna Kulig) est impétueuse, ambitieuse et déterminée. Wiktor (Tomasz Kot) est optimiste, léger et idéaliste. Ils sont tous deux musiciens et se rencontrent lors de la production d’une revue musicale portant sur les chants folkloriques slaves. Le désir est palpable. Et puis, Wiktor décide de traverser le mur convaincu qu’elle le suivra. Zula hésite, persuadée qu’il ne partira jamais sans elle. Le film raconte la métamorphose de leur amour, au fil des décennies, au fil des séparations et des retrouvailles, au moyen de sauts dans la chronologie qui ne sont pas sans rappeler ceux de Bergman dans Scènes de la vie conjugale (1973). Ainsi, le spectateur est catapulté dans divers moments clés de l’histoire de ce couple, incapable de vivre uni ou séparé. S’il contient son lot de déchirements, le scénario évite savamment le mélodrame. Comme dans Ida, Pawlikowski sait raconter le cruel en usant de sensibilité et de réserve.

D’ailleurs, le traitement visuel du film ressemble beaucoup à son opus précédent. C’est encore Lukasz Zal qui signe la direction photo. On y retrouve le même cadrage carré, le noir et blanc, les compositions justes et éblouissantes, les mouvements de caméra précis, subtils et tendres, qui épousent les états d’âme des personnages sans les appuyer à outrance.

2_aaaec034-22da-4887-845c-39c9b88b0b50

Afin de passer aisément, non seulement à travers les années, mais également à travers la Pologne, l’Allemagne, la Yougoslavie et la France, le réalisateur installe la musique en leitmotiv. Une chanson en particulier, Dwa Serduszka, sera reprise à travers les époques suivant différents arrangements, offrant au passage un petit condensé d’histoire de la musique. Cette idée orne le film d’une aura poétique palliant au traitement froid du sujet. C’est, du reste, cette austérité qui pourrait être reprochée à l’œuvre. Même si le scénario est inspiré de l’histoire de ses parents, et donc, lié de très près à l’univers personnel du réalisateur, la distance qu’il y injecte empêche les passions de s’échauffer, laissant le spectateur se désinvestir au fil des minutes. Cependant, en considérant le film comme l’illustration de la dichotomie habitant la Pologne en ces temps, il serait naturel de croire que de mettre en scène une passion avec autant de dépouillement est essentiel afin de bien servir le propos.   

En salle le 11 janvier, à Montréal
et le 18 janvier à Québec et Trois-Rivières

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie