Premières armes : Devenir adulte
Cinéma

Premières armes : Devenir adulte

C’est avec distance, mais sans froideur que Jean-François Caissy pénètre dans le monde rigide et ordonné des militaires du rang. Avec Premières armes, le documentariste s’intéresse à la formation militaire. Nous avons discuté avec lui de ces trois mois passés au coeur des Forces canadiennes.

C’est lors d’une discussion avec le public que Jean-François Caissy s’est fait poser cette question: «Quelle tranche d’âge aborderez-vous lors de votre prochain film?»

Question à laquelle il n’avait jamais songé, pourtant c’était juste puisque son cinéma s’intéresse à des époques de la vie: La belle visite se penchait sur la vieillesse, La marche à suivre suivait l’adolescence et maintenant il allait filmer une autre tranche d’âge. Cette question donnait du sens à son travail et la suite s’intéresserait à l’âge adulte.

«Dans l’optique d’aborder le début de l’âge adulte, il y avait la question du choix de carrière et la formation», nous répond Jean-François Caissy, rencontré à la Cinémathèque québécoise. «Rapidement, le militaire est apparu comme l’option la plus intéressante, car ils vivent dans un lieu clos et leur formation est sur une période de temps donné. Je voulais suivre leur formation de A à Z sur un temps limité. J’avais ici mon sujet idéal, en plus du fait que j’ai toujours été fasciné par cet univers.»

Jean-François Caissy, crédit Stephan Ballard
Jean-François Caissy, crédit Stephan Ballard

Tourné pendant douze semaines à l’école de leadership et de recrues des Forces canadiennes à Saint-Jean-sur-Richelieu en compagnie d’une cohorte éclectique d’engagés volontaires, le film de Caissy, comme tout son cinéma, rend compte d’une expérience. Le réalisateur tente de comprendre, d’observer des groupes qui sont en train de vivre quelque chose. Ici, ce sont de jeunes adultes qui deviennent des soldats tant bien que mal.

«À la base, ce qui m’intéresse quand je tourne, c’est de me pencher sur l’expérience qui se déroule sous mes yeux», poursuit le documentariste. «Je suis plus porté à m’intéresser aux actions. Je ne tente pas de définir pourquoi les gens s’engagent dans l’armée, mais je les filme en train de devenir des militaires.»

Dans Premières armes, on se demande souvent ce qui motive toutes ces recrues à se faire varloper de la sorte. Jamais il n’y aura de réponse, mais plutôt des scènes de vie tirées de leur quotidien dans le centre de formation. Le film s’ouvre et se referme sur la cérémonie de graduation des recrues, et l’on sent très bien la fierté qui se dégage d’être passé au travers de ces douze semaines. Des semaines qui sont là pour séparer le bon grain de l’ivraie. Des exercices en situation de combat à l’importance d’avoir en tout temps une hygiène irréprochable en passant par l’utilité de bien connaître son arme: nous sommes les témoins d’une formation militaire qui ne laisse rien au hasard.

«Ma plus grande surprise de ce tournage vient du fait que les gens qui s’engagent sont un réel miroir de la société», poursuit Caissy. «Quand on croit que les gens qui sont dans l’armée forment une masse uniforme et se ressemblent tous, c’est totalement faux. J’ai croisé aussi bien des gars de construction que des intellectuels qui voulaient changer de vie. Il y a des gens là-dedans qui aurait pu devenir d’excellents amis.»

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La musique tient encore une place de choix dans ce documentaire. Elle intervient à certains moments comme pour nous donner le temps de voir l’action se dérouler devant nos yeux. Elle permet une prise de distance face au film qui se tisse et cela donne de très beaux moments comme celui où l’on suit les recrues en patrouilles à la campagne sur le Prélude de l’Or du Rhin de Richard Wagner, une scène qui se termine sur un plan où l’on voit tous les militaires faire la sieste avec leur arme dans une symétrie quasi surréelle.

«Lors de ces moments musicaux, j’aime rappeler au spectateur qu’il est en train de regarder un film», nous dit Caissy. «Comme pour lui dire qu’on est en train de manipuler un peu son regard. Je l’invite à faire un pas de recul.»

Premières armes nous rappelle le pouvoir qu’a la caméra quand elle observe un groupe, un pouvoir qui nous fait vivre une expérience.

«La phase du tournage me plait, c’est une expérience de vie hallucinante, nous dit Caissy. «Avec ce film, j’ai l’impression d’avoir fait l’armée et de l’avoir vécu à travers les deux côtés de la médaille. C’est une expérience humaine riche. Je ne fais pas du cinéma pour effectuer une quête spirituelle.»

Une expérience à ne pas rater au cinéma.

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Sortie en salle le 18 janvier

Trilogie de films de Jean-François Caissy à l’affiche ce mois-ci au Cinéma Moderne dès le 10 janvier.

Des projections sont aussi prévues dans l’est du Québec ce mois-ci:

28 janvier – Rivière-du-Loup
29 janvier – Rimouski
30 janvier – Matane
31 janvier – Carleton-sur-Mer