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Une colonie : les affres de l'adolescence
Cinéma

Une colonie : les affres de l’adolescence

Cinq ans après la sortie de son brillant court métrage La coupe, primé à Sundance, la cinéaste Geneviève Dulude-De Celles conclut son cycle autour des passages de l’enfance à l’adolescence et de l’adolescence vers l’âge adulte avec Une colonie, premier long métrage de fiction qui fait suite au documentaire Bienvenue à F.L. (2015) et qui a déjà gagné plusieurs prix en festival.

«Ce sont trois films qui se complètent et qui se sont nourris entre eux. On pourrait penser que c’est MA thématique et que je suis destinée à en parler toute ma vie, mais non!», dit-elle en riant, précisant que son prochain projet sera complètement autre chose.

Si ses jeunes sujets au cœur de Bienvenue à F.L. étaient à la veille de sortir de l’école secondaire, la jeune Mylia au centre de ce nouveau film, elle, y fait tout juste son entrée, avec toutes les angoisses que cela implique. Sa timidité est quasi maladive, mais elle cherchera les clés pour s’affranchir des rites de l’adolescence. À la maison, le noyau familial est fragile. Mylia protège sa petite sœur des affres de l’adolescence qui la guettent en la rejetant, mais celle-ci a un bouclier nommé naïveté. La comédienne Irlande Côté apporte de la fraîcheur et beaucoup d’humour au récit.

«L’adolescence, c’est compréhensible parce qu’on passe tous par là. Moi, je suis en plein là-dedans, donc j’ai bien saisi le propos du film et le personnage», dit Émilie Bierre, qui incarne Mylia. Presque 10 ans après ses débuts, la jeune comédienne tient ici son premier grand rôle au cinéma. Et elle a fait toute une première impression à son audition, ayant ému aux larmes la cinéaste et ses productrices.

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Émilie Bierre    photo : Antoine Bordeleau

«Émilie a souffert d’intimidation lorsqu’elle était plus jeune et est devenue porte-parole de la Fondation Jasmin-Roy, indique Geneviève. Elle comprenait donc très bien les assises du personnage. Dans ma tête, c’est une petite fille un peu écorchée qui a eu de la difficulté au primaire et qui entre dans un nouvel environnement au secondaire. Le personnage porte ce bagage-là, ce traumatisme d’être en relation avec les autres, de se faire de nouvelles amitiés.»

La rencontre de l’autre… et de soi

En décrivant Mylia, Émilie Bierre note que ses plus grandes forces sont d’accepter sa fragilité à travers les épreuves et d’être sensible à l’autre. Cet «autre» est ici représenté par le personnage de Jimmy, un camarade de classe qui vit dans la réserve abénaquise voisine. La méfiance initiale fera place à l’attirance. «Elle rencontre un nombre de personnes et elle se demande à qui s’associer, dit la réalisatrice. À cet âge-là, c’est un questionnement important parce que ça définit ton identité. L’idée derrière Jimmy (Jacob Whiteduck-Lavoie), qui est une force tranquille, c’était de mettre en scène l’autre avec un grand A. Quand j’étais jeune, y avait un garçon autochtone à mon école dans la région de Sorel-Tracy et ça m’a toujours intriguée. Dans ces milieux, c’est très blanc et francophone. Parfois, on ne se trouve pas dans ses propres racines ou chez nos pairs, mais dans la différence.»

Le premier regard de Mylia sur les Autochtones n’est donc pas sans rappeler celui de la cinéaste qui a grandi tout près d’Odanak. Plus tard, à l’âge adulte, Geneviève Dulude-De Celles a travaillé dans une réserve pendant un mois pour Wapikoni mobile et cette expérience lui a permis de développer un nouvel attachement pour les communautés autochtones. «J’ai réalisé tous les biais et préjugés que j’avais quand j’étais enfant et qui étaient nourris par une méconnaissance générale de la culture autochtone. C’est d’abord ça que j’ai voulu mettre en scène. Après, c’est un sujet parfois délicat et j’ai eu des questionnements à savoir si j’allais nommer la communauté. J’ai fait lire le scénario à une amie d’amie qui vient d’Odanak. Elle me disait avoir l’impression de redécouvrir Odanak à travers les yeux d’une voisine, que c’était bien parce que ce n’était pas sa réalité, mais que ce n’était pas faux non plus. Les gens du coin ne se sentaient pas mal représentés par le scénario parce que c’est quand même un film qui crée un pont entre les deux cultures.»

À l’image de son personnage central, Une colonie est un film de cœur, sensible et émouvant. Poétique aussi, à certains égards, mais la réalisatrice croit avec raison que son long métrage n’est pas pour autant pointu. À travers un sujet universel, elle tend la main intelligemment au spectateur, véhiculant des idées sur notre vie en société par le biais d’allégories. L’image de l’affranchissement personnel est celle de sortir du cadre imposé dans un cahier à colorier. Et preuve que cette idée est marquante, Émilie Bierre s’est fait tatouer un X à l’extérieur d’un petit cercle sur le bras. «C’est devenu très représentatif pour moi, dit-elle avec un grand sourire. Du moment où tu décides d’accepter qui tu es, ce que tu veux être et d’être bien là-dedans, tu peux découvrir les plus belles choses sur toi-même.»

En salle le 1er février

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