Arctic : le visage de la survie
Cinéma

Arctic : le visage de la survie

Perdu au milieu d’une nature hostile, prisonnier d’une geôle à ciel ouvert, car trop vaste pour s’en échapper, un homme doit survivre coûte que coûte. De ce postulat, le cinéma a tiré de grands films. Il nous a égaré tour à tour sur l’île tropicale de Seul au monde, dans l’océan immense de Seul en mer, au milieu du désert de Gerry ou dans le vide spatial de Gravity. Avec Arctic, c’est cette fois la solitude glacée du Grand Nord qui est à l’honneur. Et Mads Mikkelsen qui doit s’en arracher. Autant dire que de toutes les trouvailles de ce film éprouvant, ce choix de casting est clairement la meilleure.

Il y a des «visages-territoires». Des acteurs dont la peau et ses expressions semblent contenir le film qu’ils habitent. Le Danois Mikkelsen est de ceux-là. Il faut le voir dans ce rôle de pilote d’avion, dressé face à cet enfer gelé et accidenté, contemplant ce paysage qui s’ouvre face à lui comme un cercueil, et en même temps résolu à ne pas se laisser avaler par lui. Il faut le voir, disait-on, pour comprendre intuitivement le sens du mot survie. Aussi lisse et creusé qu’un canyon glaciaire, son visage traduit le même mélange d’accablement et de résilience que le désert arctique qui l’entoure. Cet homme peut y arriver, il peut survivre, se dit-on, parce qu’il est à l’image de ce qu’il affronte.

Toute l’habileté du réalisateur Joe Penna aura été de ne pas en rajouter. De percevoir que l’essentiel était déjà là, à l’écran, dans ce combat a priori inégal entre la fragilité dérisoire de cet être humain et la splendide désolation des espaces polaires. Pas de flashback, pas de mirage, rien qui vienne vraiment briser la solitude terminale de cet homme (il y a bien un rebondissement, mais c’est une fausse piste qui ne fait qu’affirmer son isolement). Par des idées de mise en scène toutes simples, il va se contenter de traduire visuellement l’ampleur sisyphéenne de cette marche pour la survie.

Regardez, par exemple, comment les plans sur la carte topographique surgissent sporadiquement, après de longues phases de marche, comme pour mieux faire ressentir les dimensions du territoire et le désespoir du personnage face à elles. Il y a aussi ce formidable champ-contrechamp pendant lequel le personnage contemple tour à tour une vallée facile d’accès et la raison pour laquelle il ne peut pas l’emprunter. C’est tout un questionnement intérieur, éthique, qui s’articule autour de ce bête point de montage, mais jamais Penna ne viendra le surligner ou briser son mutisme.

À l’heure où le cinéma de genre a de plus en plus de mal à tenir une intrigue ou incarner un personnage, il faut apprécier à sa juste valeur ce sens de l’économie d’Arctic. Au fond, son humilité formelle, son écriture décharnée, minimaliste, sont à l’image de son sujet. Ici, on le ressent comme rarement, chaque pas est une petite victoire, chaque kilomètre parcouru un climax en soi. C’est ainsi, par cette simplicité non feinte, que Penna parviendra finalement à rendre honneur au vrai personnage principal du film: l’Arctique mortel et magnifique. Cet endroit où l’homme n’a aucune chance, mais pas d’autres choix que de la tenter.

En salle le 15 février

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