Ne manquez rien avec l’infolettre quotidienne.
Pupille : Dans les coulisses de l'adoption
Cinéma

Pupille : Dans les coulisses de l’adoption

Le blanc clinique des murs du bureau détonne avec le choc qui se lit sur son visage. La voix d’une travailleuse sociale se fait entendre: après huit ans d’attente, Alice va enfin être maman.

Cinq ans après une histoire de meurtre étouffé sur fond d’idolâtrie malsaine, Jeanne Herry prend une tout autre direction avec un second long métrage synonyme de baume au cœur pour ceux qui auraient pu perdre foi en l’humanité. Reste que Pupille rejoint subtilement Elle l’adore (2014) sur un terrain bien précis que cherchaient à atteindre les protagonistes de son premier film: brouiller les pistes. Alors que ce dernier oscillait entre comédie et thriller psychologique, celui-là est une fiction aux apparences de documentaire.

Une forme réussie, car mise au service d’un propos. Le but? Rester au plus près des rouages de l’adoption pour retranscrire la sincérité de fonctionnaires pour qui il s’agit d’une vocation. Une mission accomplie grâce à de nombreuses recherches et une histoire mûrie depuis les débuts du scénario en 2015. Le résultat? Deux mois dans la vie de ceux qui gravitent autour d’un enfant en voie d’être adopté. Ici, Théo, que sa mère ne veut pas garder, et qu’Alice (Élodie Bouchez) attend depuis une dizaine d’années. De la coordinatrice (Sandrine Kiberlain) à l’assistant familial (Gilles Lellouche) en passant par celle qui sera chargée de trouver les meilleurs parents possible pour le nouveau-né (Olivia Côte), tous font preuve d’un professionnalisme qui n’a d’égal que leur implication émotionnelle refoulée.

pupille2

L’approche est sobre, le jeu des acteurs jamais trop appuyé, ce qu’il faut pour laisser parler d’eux-mêmes les plans rapprochés sur les visages des poupons. La question éthique souvent sollicitée par le documentaire est interpellée jusque dans les scènes impliquant des bébés, remplacés par des poupées lorsque les dialogues deviennent trop virulents. Encore une fois, un cadre qui respecte le message du film, où chaque mot prononcé devant le nourrisson compte.

Ce sont les détails associés aux personnalités des personnages qui font de Pupille une fiction de qualité. Comme cette habitude qu’a la coordinatrice d’avoir toujours les poches pleines de bonbons-crocodiles, qu’elle offre, qu’elle engouffre ou qu’elle coince dans un bout de papier le temps d’une visite à l’hôpital. Là où La fille de Brest (2016) avait échoué, Pupille réussit, à l’image de Réparer les vivants (2016), à créer le savant mélange entre distanciation et sensibilité, tous deux nécessaires à la création d’une émotion… et d’une œuvre de cinéma.

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie