Climax : Les Dieux de la danse sous influence
Cinéma

Climax : Les Dieux de la danse sous influence

Gaspar Noé n’est pas du genre à laisser les spectateurs indifférents. Qu’on pense à Enter the Void (2010) avec sa caméra subjective et son errance spectrale, à Irréversible (2002), film antéchronologique avec une très troublante scène de viol, à Love (2015) et son aspect voyeur mais très intimiste tout à la fois, Noé aime expérimenter.

Climax, son plus récent film lauréat du Art Cinema Award à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, reprend en quelque sorte des particules de tous ces films. Réalisé sans scénario et tourné en 15 jours seulement, l’aspect formel y est criant, éclatant et la spirale descendante qu’empruntent les personnages prend bien malgré eux des proportions colossales.

Nous sommes en 1996. Une troupe de danseurs et danseuses – dont la diversité corporelle, sexuelle et raciale est à souligner – se retrouve dans le gymnase d’une école isolée au milieu de la forêt, en plein hiver, pour répéter et fêter avant le début d’une tournée aux États-Unis. La scène d’ouverture, déjà, a de quoi séduire et marquer les esprits: une chorégraphie enlevante, électrique, sensuelle et vibrante nous présente les personnages qui donnent tout ce qu’ils ont. Voguing, breakdancing, disco, danse contemporaine… tous les styles y passent. Le moment est beau, les inhibitions sont laissées loin derrière, les corps parlent, réagissent et improvisent sur un tempo ravageur. L’intensité des danseurs est palpable, tout comme leur symbiose.

Dans ce film «français et fier de l’être» – tel qu’on nous l’indique à l’écran en début de récit -, dès que la chorégraphie liminaire se termine, que l’adrénaline tombe et que s’enchaînent les verres de sangria, les problèmes commencent. Une paranoïa s’installe progressivement; les danseurs flirtent et divaguent, s’abandonnent au plaisir, à la tentation, puis se font violence. La caméra, dans ce film de groupe qui revêt des allures de huis clos infernal, suit de près chaque personnage alors qu’il s’enlise et perd le contrôle.

La musique habite constamment les danseurs, les hante. La danse exprime leur délire. Ils deviennent possédés, incohérents et absurdes; quelqu’un a versé du LSD dans le bol de sangria. Les soupçons fusent de toutes parts, on accuse sans procès. Ce trip d’acide inopiné devient le prétexte à un whodunnit effréné, où les mouvements de caméra incongrus reflètent l’état psychologique des personnages. Cette nuit infernale – quoique paradisiaque pour certains – où l’aube semble inatteignable, s’avère une expérience cinématographique haletante. Un happening enlevant qui se savoure pleinement sur grand écran.

À l’affiche le 1er mars

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