Trois visages : Retrouver le chemin de la liberté
Cinéma

Trois visages : Retrouver le chemin de la liberté

Jafar Panahi n’a jamais été aussi productif depuis que son pays l’a empêché de tourner des films, il y a déjà près d’une décennie. Avec l’ingénieux Trois visages, il offre une nouvelle cartographie éclairante de l’Iran.

Son neuvième long métrage débute dans l’obscurité la plus étouffante, alors qu’une actrice regarde la vidéo désespérée d’une jeune fille recluse dans son village, en se questionnant sur la véracité des faits. Deux longs plans éprouvants, dont l’espoir vacillant trouble implacablement. Comme métaphore de la condition du cinéaste iranien, il se fait difficilement mieux.

Sauf que Panahi a décidé de parler des autres et non de lui, d’embrasser une lumière incertaine en se dressant devant les ombres menaçantes. Son road movie en devient alors plus ludique et poétique, ponctué de rencontres pittoresques et même fantaisistes.

Cette fausse légèreté qui constituait également le moteur de son précédent film Taxi Téhéran (2015) n’est évidemment qu’un trompe-l’oeil. Tout comme sa mise en scène minimaliste où la fiction déborde du documentaire. Chaque détail a été scrupuleusement pensé – le scénario a d’ailleurs été récompensé au dernier Festival de Cannes – dans la quête de vérité de l’héroïne. Derrière les mots et les images se cache une complexité qui ne mérite que d’être décodée, sans toutefois tomber dans l’esbroufe des dernières créations de son compatriote Asghar Farhadi.

Au contraire, le réalisateur rend limpide son trait, usant de symboles éloquents. Non seulement les maux de la société patriarcale sont mis en relief dans cette façon de s’attarder au mal-être féminin (l’écho à Hors jeu et Le cercle n’est jamais bien loin), mais il enrichit le discours en l’intégrant au destin cinématographique de sa nation à la dérive. D’émouvantes comédiennes iraniennes d’hier, d’aujourd’hui et de demain – les trois visages du titre – se croisent, au détour d’hommages sentis au regretté maître cinéaste Abbas Kiarostami.

Cela ne peut donner qu’un dernier plan éclatant de beauté et de finesse, qui fait oublier les quelques errances et baisses de régime subies jusque-là. Personne ne pourra museler les magnifiques personnages de cet opus. Encore moins rendre silencieux Jafar Panahi qui se tourne coûte que coûte vers le septième art afin d’exister, de respirer. Le cinéma comme oeuvre de résistance, de dignité? Oh que oui!

En salle le 8 mars