Genèse : arrière-goût doux-amer
Cinéma

Genèse : arrière-goût doux-amer

Qu’elle soit rapetissée au sein d’une école de garçons, oscillant d’une boîte de nuit à l’autre, ou nichée timidement dans un camp de vacances, Philippe Lesage se penche à nouveau sur la jeunesse pour sa troisième œuvre de fiction. Elle est incarnée par Guillaume, Charlotte et Félix, un personnage déjà présent dans Les démons (2015). Ces trois-là ont en commun l’expérience des premiers émois.

C’est à travers une nouvelle structure narrative éclatée que le cinéaste québécois nous propose trois destins face à l’amour. Il amuse la galerie en classe, mais Guillaume est à fleur de peau le soir venu alors qu’il discute littérature avec un voisin de dortoir. De loin la plus solide des trois, l’histoire de ce jeune qui se découvre des sentiments pour son meilleur ami est sensiblement renforcée par la magistrale performance de cette tête montante du cinéma québécois qu’on ne présente plus: Théodore Pellerin. Un jeu mis en valeur par de longs plans-séquence, héritage du cinéma documentaire avec lequel Lesage a débuté.

Visuellement, Genèse est un film qui rend d’abord heureux par ses plans précis et sa musique parfaitement nostalgique des premiers chagrins d’amour. Une sensation qui colle à la peau grâce à la désinvolture si bien incarnée par le duo Théodore Pellerin/Noée Abita. Mais ce charme en est un qui s’amenuise à mesure que les portraits se succèdent.

Charlotte (Noée Abita) est la demi-sœur de Guillaume. Alors que son copain Maxime (Pier-Luc Funk) exprime l’envie d’un couple ouvert, la jeune femme en profite pour explorer elle aussi sa sexualité. Film sur une jeunesse qui teste ses limites, Genèse rappelle que les lois ne sont pas les mêmes pour les femmes. Mais à trop vouloir montrer Charlotte dans son rapport aux hommes, on en oublierait presque de laisser transparaître sa vision des choses.

Le troisième volet débarque quant à lui comme un cheveu sur la soupe au bout de plus d’une heure trente du film: difficile alors de s’accrocher à la dernière histoire qui est celle de Félix. Le changement de point de vue semblait bien plus bénéfique avec Les démons, où la naissance d’une nouvelle perspective permettait le prolongement d’un regard et des peurs de l’enfance. L’audace de briser les codes narratifs est puissante, mais Lesage le fait finalement ici au détriment de certains personnages et de ce qu’il était important de mettre initialement en scène: les ressentis à vif de l’adolescence.

À l’affiche le 15 mars

Louve d’Or et prix d’interprétation à Théodore Pellerin au dernier Festival du Nouveau Cinéma (FNC).