The Hummingbird Project : la folie des grandeurs
Cinéma

The Hummingbird Project : la folie des grandeurs

Kim Nguyen déboulonne le rêve américain avec The Hummingbird Project.

S’il y a un cinéaste qui ne refait jamais le même film, c’est bien Kim Nguyen. Son septième long métrage de fiction se démarque toutefois de ses précédents en n’embrassant pas directement ce réalisme magique qui faisait sa marque de commerce depuis la sortie du Marais en 2002.

«C’est comme si je n’en avais pas besoin, car la folie était déjà là», nous explique le réalisateur québécois, toujours aussi enjoué.

Elle s’affiche dans la quête absurde de deux cousins qui tentent de construire un câble de fibre optique en creusant un tunnel de 1600 kilomètres entre le Kansas et le New Jersey. Des milliards dépensés, des territoires ravagés et des santés saccagées pour sauver une seule milliseconde sur le marché financier…

«Si je veux et si je me bats assez fort, je vais réussir à faire ma marque dans l’Histoire. Tous les Américains ont ça d’ancré dans la tête, mais ce n’est pas vrai, expose le metteur en scène. Pour moi, c’est comme une forme de contrôle sociétal. Il y a beaucoup de chance et de hasard dans ce qu’on réussit à faire, selon le pays où on est né, notre statut social. Mais si les gens étaient au courant de ça, ils se révolteraient!»

Kim Nguyen, lui, est parvenu à faire son film américain, obtenant 16 millions de dollars et l’apport de vedettes hollywoodiennes comme Salma Hayek, Alexander Skarsgard et Jesse Eisenberg, qui a répondu présent 24 heures seulement après avoir reçu le scénario.

«Tout ça en gardant ma liberté, assure le principal intéressé. Les gens qui m’approchent m’invitent à pousser plus loin dans la forme et à essayer des choses, car ils savent que j’ai fait des films étranges, différents.»

Le créateur de Truffe (2008) et La cité (2010) s’éclate ainsi dans ce projet ironique et ludique, dont le ton décontracté et le rythme rapide s’apparentent aux œuvres de braquages à la Ocean’s Eleven. D’une scène hilarante nourrie de Beastie Boys, le récit flirte ensuite avec la tragédie, le pathos.

«Je pense que je me suis placé dans l’endroit le plus difficile au cinéma», avoue celui qui retournera avec son prochain film au cœur des ténèbres, ce qu’il n’a pas fait depuis son acclamé Rebelle (2012). Cet endroit, précise-t-il, est celui «de jouer la ligne du tragicomique, où le drame et l’humour se nourrissent l’un l’autre».

The Hummingbird Project est le troisième long métrage que Kim Nguyen réalise en autant d’années, après Eye on Juliet (2018) et Two Lovers and a Bear (2016). Une rapidité qu’il explique par la période sombre de l’industrie.

«Je ressens un sentiment de fin du monde dans notre milieu du cinéma, à propos de la projection en salle, avoue le réalisateur. Tant que j’ai le privilège de pouvoir faire un film qui sera vu sur grand écran, c’est comme si ma vie en dépendait. Faisons un film et on dormira demain.»

À l’affiche le 22 mars