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Les éternels : Les cendres du temps
Cinéma

Les éternels : Les cendres du temps

Le sablier du changement bouleverse Les éternels, le fabuleux film somme de Jia Zhangke.

Le cinéaste chinois en avait laissé plusieurs sur leur faim avec son mésestimé Au-delà des montagnes (2015). Le voilà qui épouse une structure similaire en trois actes qui lui permet de se replonger dans les deux dernières décennies de son pays.

Tout cela par le biais d’une relation parfois orageuse entre un chef de pègre et son amoureuse, où les années passées ne sont pas tendres envers eux. Terminés ces instants d’immense liberté en groupe à danser sur un tube de Village People lorsque les ellipses foudroyantes actionnent les leviers de l’individualité, de la solitude. Deux états qui font écho aux transitions contemporaines de l’Empire du Milieu vers le capitalisme, ce grand inconnu: les permutations du cœur étant en parfaite concordance avec celles de la nation.

Ce passionnant voyage dans le temps en est également un de mémoire cinématographique. Non content de jongler avec les genres les plus improbables – film de gangsters, documentaire, même science-fiction – en jouant à la fois la carte de l’humour et du mélo, le réalisateur puise au sein d’archives de ses précédentes offrandes afin de revisiter ses propres fantômes. Le plus hantant demeure celui de la région des Trois Gorges, immortalisée dans Still Life (2006). Ces images, significatives, s’harmonisent à sa mise en scène d’une grande beauté.

Plus que tout, ce long métrage est une histoire d’amour entre son créateur et Zhao Tao, qui est à la fois sa femme et son actrice fétiche. Leur collaboration s’étend depuis Platform en 2000, étant aussi féconde et inspirante que celle, illustre, entre John Cassavetes et Gena Rowlands. La comédienne, de presque tous les plans, est filmée avec passion, ce qui se répercute indéniablement sur son jeu. On ne voit qu’elle à l’écran, cette présence poignante qui transcende allègrement la violence et la trop longue durée de l’essai.

Possiblement la plus importante figure chinoise œuvrant dans la fiction depuis la sortie de The World en 2004, Jia Zhangke a vu son art évoluer, devenant davantage scénarisé à partir de A Touch of Sin (2013). Avec Les éternels, il offre un mémento complexe et plein de grâce de ce qui l’habite, d’hier à aujourd’hui.

À l’affiche le 22 mars