Mad Dog Labine : La ruée vers la liberté
Cinéma

Mad Dog Labine : La ruée vers la liberté

Bienvenue au Pontiac, le Far West québécois qui devient, dans Mad Dog Labine de Jonathan Beaulieu-Cyr et Renaud Lessard, la terre des possibles humains et cinématographiques.

Les deux comparses ont toujours eu un faible pour cette région qui vit dans l’ombre de l’Est ontarien, nettement plus développé. Ils ont donc décidé de s’y pointer le nez pour voir s’il y avait un film à faire.

«L’idée était d’habiter les lieux, explique Renaud Lessard. On a écrit le scénario là-bas. Quand les mains nous faisaient mal, on allait faire un tour de char à la rencontre des gens.»

C’est là qu’ils ont découvert deux actrices non professionnelles qui sont devenues les protagonistes de leur premier long métrage. Zoé Audet prête ses traits à Justine, une élève qui ne pense qu’à voyager. Puis Ève-Marie Martin incarne Lindsay «Mad Dog» Labine, une adolescente fougueuse et marginale attachée à sa terre. Leur vie bascule lorsqu’elles remportent un lot de 10 000$…

«Ce sont deux adolescentes brillantes, concède Jonathan Beaulieu-Cyr. Ève-Marie ne ressemblait pas du tout au personnage qu’on avait imaginé et elle nous a surpris. On doit beaucoup à Charlotte Aubin qui nous a accompagnés pour coacher les filles.»

Leur énergie communicative berce cette création souvent hilarante et excentrique, qui n’hésite pas à lorgner le western et le film d’action. Comme si l’univers de Réjean Ducharme flirtait avec Gummo (1997) d’Harmony Korine. Ici, il y a la tendresse de l’amitié, des répliques improvisées. Là, une soirée bien spéciale où débarquent pratiquement toutes les vedettes de VRAK. Une cohésion qui s’avère assez inusitée.

«On avait envie que le film ressemble au Pontiac, évoque Jonathan Beaulieu-Cyr. À cette architecture vraiment bigarrée qui est composée de plein d’affaires. Qu’il soit drôle, touchant, hardcore, un peu trash, extravagant.»

Cette audace n’est pas nouvelle pour les créateurs de courts métrages remarqués tels Ferraille et Pisser dehors. Sauf qu’il y a un jeu inédit sur le plan de la forme, où la fiction est parfois interrompue pour laisser place au documentaire. Cela se déroule par l’entremise d’un narrateur qui apparaît périodiquement à la caméra et d’étudiants qui répondent directement aux questions posées par l’un des cinéastes.

Renaud Lessard et Jonathan Beaulieu-Cyr

«On est allés parler avec des jeunes d’une école secondaire afin d’être représentatifs de leur réalité», se rappelle Renaud Lessard. «Puis on a découvert des gens extrêmement préoccupés par les notions d’appartenance, de territoire, d’identité», continue Jonathan Beaulieu-Cyr.

Des concepts qui teintent invariablement la dramaturgie et qui sont liés à une certaine québécitude de plus en plus représentée à l’écran. En 2019 seulement, elle était au cœur de Répertoire des villes disparues et de Nous sommes Gold.

Le traitement ne manque cependant pas d’espoir et l’apport du cinéma direct permet au duo de multiplier les clins d’œil envers le septième art de la Belle Province. Il ne faut parfois qu’un thème, une voix, une comédienne ou une situation pour évoquer cette éternelle quête du père et le mythique Un chat dans le sac (1964) de Gilles Groulx.

C’est cette liberté que revendique le tandem, à l’image de son héroïne qui veut choisir sa propre destinée. Celle de l’aventure et de la création, où la collaboration est plus importante que le (micro)budget.

«On était très chanceux d’avoir une équipe aussi fidèle, payée des pinottes, qui monte avec nous au Pontiac pendant si longtemps, avoue Jonathan Beaulieu-Cyr. Il y avait un sentiment de collectivité qui était très important. Peut-être que ça vient du fait qu’on est déjà deux réalisateurs et qu’on sait qu’il y a de la place pour beaucoup de monde dans cette structure-là. C’est un univers où tu te sens plus libre, plus invité à participer et à essayer des choses.»

En salle le 5 avril

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