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L'empereur de Paris : un héros pas comme les autres
Cinéma

L’empereur de Paris : un héros pas comme les autres

Vincent Cassel se glisse dans la peau de Vidocq, le plus célèbre bandit de son époque. Entretien avec l’acteur français. 

Le mythe d’Eugène-François Vidocq fascine. Balzac et Hugo s’en sont d’ailleurs inspirés pour leurs légendaires Vautrin et Jean Valjean. De l’homme le plus recherché de France, il est devenu au début du 19e siècle chef de la police. «Il faisait rêver par sa liberté, évoque Vincent Cassel, rencontré dans le cadre des Rendez-vous d’Unifrance. On ne s’échappe pas 27 fois du bagne. C’est complètement fou… Mesrine à côté, c’est Mickey. On verra si on parlera de Mesrine dans 200 ans.»

Cette intrigante figure a déjà été adaptée de nombreuses fois à la télévision et au cinéma, notamment avec Gérard Depardieu dans le rôle principal. Pour le film L’empereur de Paris de Jean-François Richet, la vedette française ne s’est pas souciée des différentes versions afin de mieux revenir aux mémoires de l’énigmatique personnage.

C’est que son parcours renvoie à la condition humaine et à une question éternelle: les gens peuvent changer ou ils demeurent toujours les mêmes? «Disons qu’on apprend à arrondir les angles, avance la star. Mais fondamentalement, on reste un corbeau ou un renard.»

Cet homme hors norme s’avère pourtant un symbole éclatant d’une nation en pleine mutation identitaire, à un moment charnière de son existence. «Quand on connaît la Révolution française et l’Empire, c’est quand même incroyable que pratiquement tous ceux qui sont en haut de l’échelle viennent du bas, rappelle le cinéaste Jean-François Richet. Quand on pense à notre époque maintenant, on a l’impression qu’il y a moins de possibles. Il y a moins de méritocratie.»

Vidocq a évidemment eu le courage de ne pas accepter sa destinée, infiltrant des bandes criminelles dans l’espoir d’obtenir une lettre de pardon des autorités. Ses techniques, à la limite de la légalité, ont eu les résultats escomptés. Elles finissent même par faire écho au monde d’aujourd’hui.

«J’adore l’Histoire, mais si ça ne fait pas des ponts avec la nôtre, ça ne sert à rien, admet celui qui a réalisé par le passé un diptyque sur le criminel Jacques Mesrine. Il faut dépoussiérer l’Histoire et la remettre comme si c’était maintenant. Maintenant, ça serait un évadé perpétuel qui deviendrait chef de la police en France et qui arrêterait des gens qui font du barbarisme ou des actes terroristes.»

Avec ses moyens techniques considérables, ses scènes d’action à l’emporte-pièce et son casting cinq étoiles qui inclut Fabrice Luchini, Denis Ménochet, Olga Kurylenko et Denis Lavant, L’empereur de Paris évoque l’âge d’or du cinéma d’aventure français.

«On n’en fait plus beaucoup des films épiques et ambitieux en France, avoue l’acteur qui s’est fait connaître grâce à La haine (1995). On a un peu la sensation de porter un flambeau… On n’est pas obligé de faire des comédies faciles ou sociales. C’est bien d’essayer d’apporter autre chose.»

Tout en multipliant les rôles et en s’essayant en terrain inconnu, Vincent Cassel semble constamment revenir à ce type de personnage de l’ombre, obsédant et fascinant à la fois, qui puise au sein de sa part d’animalité pour mieux séduire ses semblables. «J’aime l’ambiguïté, les paradoxes, toutes ces choses-là, confie-t-il. Ce qui est intéressant, c’est de voir des personnages pris dans des contradictions, qui se retrouvent à faire des choses qu’ils n’auraient jamais pensé être capables de faire. Cette complexité-là, je la trouve passionnante.»

«Ce qui m’intéresse dans le cinéma, poursuit-il, c’est quand on arrive à évoquer des choses qu’on n’arrive pas à mettre en mots dans la vie de tous les jours. Des choses qu’on aurait envie de cacher.»

En salle le 12 avril

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