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La Quietud : L'inquiétante étrangeté par la sororité
Cinéma

La Quietud : L’inquiétante étrangeté par la sororité

À gauche, l’étendue ensoleillée de la campagne argentine. À droite, le domaine de ses parents chez qui Mia arrive en voiture: La Quietud. Le doux morceau de Vanessa Paradis Le Rempart joue en arrière-plan. C’est le calme avant la tempête.

Drame familial dont la toile de fond est l’Argentine post-dictature, La Quietud coche de nombreuses cases indiquant que nous sommes bien dans l’univers de l’une des figures de proue du nouveau cinéma argentin, Pablo Trapero.

Leurs différences sont aussi prononcées que leur ressemblance physique. Lorsque leur père finit à l’hôpital après un AVC, Mia (Martina Gusmán) et Eugenia (Bérénice Bejo) se retrouvent au coeur du domaine familial. Mais les retrouvailles dans ce petit bout de paradis qui donne au film son titre sont de courte durée. Les tensions entre les deux soeurs s’installent, écorchant au passage la tribu au complet. Ici comme souvent chez le cinéaste argentin, la famille parfaite révèle rapidement ses failles.

On le voyait déjà avec le couple de Carancho (2010) et les membres de la célèbre famille d’El Clan (2015), jamais n’est-on à l’abri chez Trapero de voir la victime passer au rang de bourreau. Cette démonstration s’applique à nouveau quand une météo capricieuse succède à la luminosité des premiers plans, plongeant les membres de la famille dans une obscurité aussi littérale que symbolique.

Le duo Bérénice Bejo/Martina Gusmán est parfait pour incarner l’inquiétante étrangeté d’une relation fusionnelle au possible. Mais la fraîcheur du début du film n’est plus que vague souvenir alors que des révélations toutes les plus choquantes les unes que les autres prennent le dessus. Comme pour tout objet du nouveau cinéma argentin, déjà omniprésents dans Nacido y criado (2006), les fantômes du passé refont surface. L’enchaînement de retournements de situation est par contre si chargé qu’il en devient lassant.

Les trahisons se multiplient, convoquant une série de drames externes bien que les tourments intérieurs sont ceux qui semblent hanter nos protagonistes. Le choix dramatique est assez facile pour un cinéaste qui maîtrise pourtant de bout en bout ses plans.

Si Pablo Trapero ne signe pas ici son meilleur long métrage, il reste fidèle à ses thèmes, dont celui de mettre en scène des individus en proie à leur propre moralité, reflet d’une cogitation déclenchée sur notre rapport aux tabous sociaux.

À l’affiche le 26 avril

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