Mon bébé : Anticiper la séparation
Cinéma

Mon bébé : Anticiper la séparation

Dans Mon bébé, Thaïs Alessandrin joue pour la troisième fois sous la direction de sa mère Lisa Azuelos. Double entretien avec mère et fille.

C’est une histoire à laquelle de nombreuses familles pourront s’identifier. Une mère se prépare à voir sa fille partir faire ses études au Canada. C’est après l’avoir vécu que la cinéaste française Lisa Azuelos a voulu ajouter son grain de sel en racontant l’événement à sa façon. La boucle est bouclée, car c’est sa fille Thaïs Alessandrin qui interprète la progéniture d’Héloïse (Sandrine Kiberlain) dans son dernier long métrage, Mon bébé.

«La relation avec ma mère est la même, tournage ou pas tournage, nous dit Thaïs Alessandrin. Vu qu’on s’entend très bien, ça m’a permis de pouvoir assumer mon rôle d’actrice et de m’accepter complètement. En tant que jeune actrice, c’est souvent impressionnant d’être face à une comédienne comme Sandrine Kiberlain. Ça n’a donc été que bénéfique d’être sous la bienveillance de ma mère.»

Autre film sur la relation mère-fille onze ans après le succès LOL et sept ans après sa version américaine, Mon bébé est, pour la réalisatrice, une façon de capter cette préparation à la séparation. «En général, on n’a pas l’opportunité de se préparer à ça. C’est une des rares occasions qu’on a de continuer à faire exister le lien sachant qu’il va être interrompu, d’une certaine manière, mais pas de toutes les manières.»

Comme Héloïse qui filme sa fille à longueur de journée dès qu’elle apprend la nouvelle de son départ, Lisa Azuelos accumule dans son téléphone des images qui immortalisent ceux qui lui sont chers. «Au début, je n’avais pas l’intention de faire un film là-dessus. J’ai vu Boyhood et ça m’a éclairée sur le fait que ça allait m’arriver. J’ai commencé à filmer: ma fille, mon père qui est tombé malade, mon frère qui a eu un enfant. Ça fait maintenant quatre ans que je filme ma famille.»

Héloïse, avec ses vidéos, a la même réponse que Lisa Azuelos qui fait des films pour garder une trace. «Jusqu’à présent, j’ai filmé ma vie dans mes films. J’ai revu Comme t’y es belle! récemment, un film qui a 13 ans. À l’époque, il y avait plein de gens de ma famille qui étaient vivants et qui aujourd’hui ne le sont plus», confie la cinéaste. «Ça m’a fait beaucoup de bien. Ça me permet de fixer une certaine émotion et un certain regard sur ce qui m’est arrivé. Et ça arrive aussi à plein de gens.»

Après Sophie Marceau (LOL, Une rencontre), c’est au tour de Sandrine Kiberlain de prendre le rôle de la mère derrière laquelle on n’oublie pas la femme dans le cinéma de Lisa Azuelos. Un choix peu anodin pour la cinéaste qui voit en l’interprète une personne qui ne se prend pas la tête, qui a le même humour qu’elle et le même recul sur soi. Un coup de cœur partagé par sa fille qui perçoit même en Kiberlain un peu de sa mère.

«C’est quelqu’un de profondément gentil et qui n’est pas en compétition avec son partenaire, comme beaucoup d’acteurs peuvent l’être. Souvent, les comédiens vont avoir un jeu qui va soit mettre l’autre en lumière, soit les mettre en lumière, soit être dans un partage. Dans son jeu, elle a vraiment cette notion de partage», explique Thaïs Alessandrin. «Elle a vraiment cherché à me faire éclore: elle me laissait assez d’espace ou en prenait quand elle voyait que je n’étais pas encore capable de l’assumer. Elle était sur une observation très agréable.»

Après un passage au drame avec Dalida, Lisa Azuelos renoue maintenant avec son amour pour la comédie. Ce qui n’empêche pas la cinéaste de vouloir que les gens ressortent de la séance avec l’envie d’embrasser leurs enfants ou parents, «que chacun se rende compte que, l’air de rien, ce qu’ils prennent pour quelque chose d’anodin, c’est de l’amour qui est en train de se vivre. C’est bien de ne pas l’oublier».

En salle le 3 mai


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