Les invisibles : Une histoire de sororité
Cinéma

Les invisibles : Une histoire de sororité

On les appelle Lady Di, Édith Piaf, Amel Bent, Brigitte Bardot. Loin de là le biopic, Louis-Julien Petit met en avant ces femmes pour qui la rue est un quotidien et qui se protègent sous le nom de celles qu’elles admirent. Après Discount (2014) et Carole Matthieu (2016), le cinéaste français reprend le chemin d’un cinéma qui rime avec révolte, celle qui s’érige contre un système établi pour venir en aide aux plus démunis.

Alors que le centre d’hébergement de jour L’Envol est au bord de la fermeture, Audrey (Audrey Lamy) a une idée: aider les femmes qu’elles accueillent à trouver un travail qui correspond à leurs compétences.

Bien loin du misérabilisme qu’un tel sujet peut enfanter, Les invisibles est une comédie sociale à la fois drôle et sensible, bourrée d’honnêteté à l’image de Chantal, cette femme qui a fait de la prison pour avoir tué son mari violent et qui ne peut s’empêcher de dire la vérité en entretien d’embauche.

Chantal s’appelle en réalité Adolpha Van Meerhaeghe. Comme la plupart des femmes itinérantes dans le film, elle joue son propre rôle et illumine par sa présence. Avec toute la simplicité qu’il faut pour accompagner ces femmes, Audrey Lamy (Audrey), Corinne Masiero (Manu), Déborah Lukumuena (Angélique) et Noémie Lvovsky (Hélène) délivrent de très belles interprétations en leur donnant la réplique.

L’autodérision des unes et la justesse des autres donnent le ton comique à cette comédie sociale dont l’approche reste pourtant et avec raison celle de la sobriété, incarnée par un début très proche du documentaire. Jamais n’est-il question de perdre de vue la réalité de ces femmes, autant travailleuses sociales que sans-abris. Le travail de terrain de plus d’un an du réalisateur porte ses fruits, lui qui avec les comédiennes a été à la rencontre de nombreuses femmes itinérantes et hébergées en centre d’accueil.

Force est de constater que les libertés prises sont les bonnes pour Louis-Julien Petit – qui s’inspire ici du livre de Claire Lajeunie Sur la route des invisibles -, comme cette décision de ne pas montrer ces femmes dans la rue, mais plutôt en centre, dépeignant leurs problèmes par la parole tout en mettant l’accent sur l’importance de recouvrer sa dignité. C’est ce respect, cette absence de jugement et cette lumière omniprésente qui font des Invisibles une ode réussie à la sororité.

En salle le 10 mai


Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie