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Zagros : Le fil d'Ariane… et de Shahab
Cinéma

Zagros : Le fil d’Ariane… et de Shahab

En 58 minutes, Shahab Mihandoust et Ariane Lorrain, coréalisateurs du documentaire Zagros, nous amènent dans les montagnes désertiques de l’Iran de l’Ouest et nous offrent un accès privilégié au cœur de cette région recluse. Cette démarche commune, inspirée par le champ de l’ethnographie sensorielle, révèle une sensibilité qui se traduit dans les images, les gestes, les sons; tout revêt une forme de sensualité véhiculée par le tissage des tapis. 

Comme le confie Ariane Lorrain: «Nous étions dans la tribu Bakhtiari, celle dont ma mère est issue, et Shahab est né à Téhéran, ce qui a facilité les accès, bien que nous ayons une éducation occidentale. Aujourd’hui, nous faisons partie de la diaspora et ce fut un privilège de rencontrer les artistes locaux, de s’intéresser d’abord à eux avant de filmer les gens, qui sont si généreux.» Cette générosité est par ailleurs palpable dans tout le documentaire. Progressivement, le fil de ce récit humain se précise: on y croise des tisserandes et des bergers, mais aussi des teinturiers qui partagent leur fascination pour la magie des couleurs changeantes. Pour Shahab Mihandoust, nul besoin de raconter une histoire: «Nous avons abordé le film comme une série de tableaux, de vignettes qui composent un tout que nous voulions assez intime.»

Et le travail en tandem? Tout s’est fait en commun, de l’ébauche du projet jusqu’au montage final, raconte Ariane: «Comme nous n’étions qu’une équipe de deux, nous avons partagé tous les rôles, que ce soit la production, la réalisation et tous les aspects techniques. Nous avons aussi monté le film ensemble, ce qui a été une expérience particulièrement intéressante. Shahab avait surtout fait de la fiction auparavant alors que je me concentre sur le documentaire expérimental et ensemble, nous avions tous les acquis nécessaires pour coréaliser ce premier long métrage.»

Dans ce documentaire hors-norme, il est fascinant d’entendre ces tisserandes concentrées à leur tâche, comptant le nombre de fils tout en respectant des motifs complexes, mais discutant avec philosophie de leurs rêves et de leur réalité. On ressent bien cette volonté de rendre hommage à une tradition qui résiste à la modernité. Par son sujet, mais aussi par son traitement visuel, le documentaire peut vaguement faire songer aux Saisons de Pelechian – mais en moins fougueux – ou encore, par son aspect cérémoniel, sa lenteur et sa minutie, à quelques séquences chez Nuri Bilge Ceylan, dans un autre coin du monde.

On observe ces gestes quotidiens répétés qui relèvent pratiquement du rituel. On retient notamment cette vieille dame souriante qui récupère les arilles de grenades qu’elle étale sur le sol. Shahab souligne qu’un des hommes qu’ils ont interviewé se demandait si leur film allait encore être là dans 50 ans: «Je lui ai dit que ce serait sans doute le cas et il semblait heureux, réalisant que ni lui ni son travail – cette tradition à laquelle il a dédié sa vie – ne seraient là dans 50 ans. Ce fut un des moments très forts du film.» Cette trace d’un temps et d’un lieu, à la base de tout projet documentaire, porte ici le poids d’une tradition qui s’étiole peu à peu.

Questionné sur la volonté derrière ce film, Shahab conclut simplement: «Nous sommes deux amis avec des questions et des intérêts communs et nous voulions utiliser notre langage, le cinéma, pour raconter cette histoire. Ce fut aussi une quête, celle de notre propre identité.»

Zagros prendra l’affiche dès le 17 mai à la Cinémathèque québécoise, au Cinéma du Parc et au Cinéma Moderne

Il pourra aussi être visionné sur grand écran dans le cadre du Mois du documentaire les 15 et 30 mai aux cinémas Le Clap de Loretteville et de Sainte-Foy

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