Leto : Mélodies de nuits d'été
Cinéma

Leto : Mélodies de nuits d’été

Cinéma et musique ne forment qu’un dans l’éblouissant Leto (L’été) de Kirill Serebrennikov.

Des musiciens anticonformistes sont mis en retrait au fond d’un train. Puis un de ses membres se met à chanter Psycho Killer des Talking Heads, libérant une force leur permettant de tenir tête aux autorités. Plus rien ne peut les arrêter au sein de cette séquence formidable, sans doute la plus mémorable de l’année cinématographique.

Ces mélodies représentent l’oxygène de révolte et d’errance d’une jeunesse soviétique lors de l’été 1981, alors que le poids du rideau de fer se fait toujours ressentir. La seule façon d’exister et de survivre passe par la culture rock underground, clairement inspirée par Iggy Pop, Lou Reed et David Bowie.

C’est là qu’on fait la connaissance du jeune chanteur Viktor Tsoï (Teo Yoo) qui fondera le groupe Kino, de Mike Naoumenko (Roman Bilyk) de la formation Zoopark et de son amoureuse Natasha (Irina Starshenbaum). Un triangle parfois plus qu’amical qui aurait pu sentir les conventions à plein nez. Surtout que les clichés du récit d’initiation ne sont jamais très loin.

Pourtant, on ne se retrouve jamais devant un biopic comme les autres. Bien au contraire. Vérités, mensonges et sublimations de l’Histoire se succèdent à un rythme effarant afin de rendre compte de sensations, de recréer ce sentiment flou d’une époque parfois chaotique, qui débute dans l’union quasi communiste de ses membres avec une hilarante scène de plage pour dériver vers une solitude de plus en plus généralisée. L’absence apparente d’enjeux dramatiques est évidemment un leurre tant c’est l’ambiance et l’atmosphère qui s’accaparent la part du lion dans cet exercice à la fois ludique, poétique et mélancolique.

Le tout est desservi par une mise en scène impeccable du cinéaste russe, qui n’avait jusqu’à présent jamais offert une oeuvre totalement aboutie. C’est maintenant chose faite tant Leto resplendit de beauté, subjuguant par sa photographie en noir et blanc à couper le souffle et ses plans savamment orchestrés sans être maniérés.

Porté par une énergie folle et d’incroyables déflagrations musicales, le film sent la liberté. Celle qui invite à se dresser face à l’adversité. Le régime n’a évidemment pas apprécié, assignant le réalisateur Kirill Serebrennikov à sa résidence (il a été libéré sous contrôle judiciaire en avril dernier).

En salle le 17 mai

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