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Les Estivants : Drames bourgeois
Cinéma

Les Estivants : Drames bourgeois

Valeria Bruni Tedeschi reprend, avec Les Estivants, les mêmes éléments qui faisaient la signature de ses autres films, c’est-à-dire une fiction inspirée de sa vie, où le spectateur s’amusera à y trouver les références (Carla Bruni, Louis Garrel, Nicolas Sarkozy). 

L’actrice-scénariste-réalisatrice ne prétend pas se réinventer avec ce nouvel opus et nous l’annonce très tôt dans le scénario avec une scène où, alors qu’elle demande des fonds pour le tournage de son prochain projet, on l’interroge: «Quelle est la différence entre ce film et les trois autres films que vous avez faits, parce qu’on a vraiment des similarités énormes, non?» Faut-il absolument changer une recette qui a si bien réussi par le passé? C’est donc avec joie (ou ennui) qu’on retrouvera la même autodérision charmante, voire la même candeur lumineuse avec laquelle elle met en scène les aléas névrotiques de ses personnages.

Quelques instants avant son départ pour des vacances à la maison familiale de la Côte d’Azur, Anna (Valeria Bruni Tedeschi) se fait annoncer par son amoureux (Riccardo Scamarcio) qu’il la quitte. C’est donc au seuil de la crise qu’elle ira rejoindre le reste de sa famille, sans son fiancé. Elle y retrouvera sa grand-mère, sa mère (Marisa Borini), sa sœur et son beau-frère (Valeria Golino et Pierre Arditi) et quelques amis de la famille, à qui elle taira son drame, convaincue qu’elle pourra recoller les pots cassés. Si Bruni Tedeschi trouve sa substance dans l’autofiction, elle trouve également certains échos dans l’univers de Tchekhov, qu’elle a récemment adapté pour ARTE (Les trois sœurs, 2015). Ainsi, ce qui est surtout examiné ici, plus que les déboires de son propre personnage, c’est la façon dont les protagonistes, entre eux, n’adressent que très rarement l’important et vivent leur douleur existentielle dans la solitude.

Aux drames bourgeois, la réalisatrice superpose les tribulations des employés de la maison, ce qui n’est pas sans évoquer l’ambiance de La règle du jeu (Jean Renoir, 1939), sans toutefois en avoir le commentaire social. Yolande Moreau, Joël Clabault (policier à la retraite devenu acteur pour les besoins du film), François Négret, Guilaine Londez font partie d’une distribution attachante pour camper ces prolétaires. D’ailleurs, de façon générale, la justesse du jeu et la complicité des acteurs y sont pour beaucoup dans le plaisir qu’on éprouve devant le long métrage. On regarde les petits moments s’enchaîner de façon nonchalante, au gré de l’été, collectionnant les malaises, les conversations vides, les lubies de tout un chacun.

L’humour et les personnages constituent l’essence de l’histoire, certes, mais le scénario manque parfois de cohésion. On y aborde des questions sérieuses, sans se pencher véritablement sur les enjeux, ce qui peut finir par laisser une impression de joyeux chaos. Un film pour les amoureux du travail de Valeria Bruni Tedeschi, mais qui pourrait peut-être lasser ceux qui s’aventurent dans son univers pour la première fois.

En salle le 24 mai

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