Peterloo : Apprendre au passé
Cinéma

Peterloo : Apprendre au passé

En 1819, la guerre avec la France a laissé l’Angleterre en lambeaux. Son peuple manque d’argent et de nourriture. Qui plus est, à cette époque le droit de vote n’est accordé qu’aux plus riches propriétaires. Le prolétariat, ne se voyant que très peu représenté au Parlement, donne naissance à un mouvement de réforme visant l’égalité et le droit de suffrage pour tous. Le surnom Peterloo, référence cynique à Waterloo, évoque l’assemblée populaire tenue sur la place St Peter’s à Manchester qui s’est injustement terminée en éclat de violence.

On retrouve dans ce film toute la sobriété de Mike Leigh pour traiter de sujets chargés. Ce sont les personnages qu’il met à l’avant-plan, en offrant à ses acteurs tout l’espace qu’il leur faut pour déployer leurs interprétations. Film exigeant, mais envoûtant, il n’y a pas, ici, de scènes romanesques où le conflit est personnifié par une rencontre improbable entre deux personnages issus de milieux différents. Au contraire, le génie du réalisateur consiste à nous exposer l’hermétisme des classes sociales, en présentant les débats en vase clos qui ont lieu de part et d’autre de la question démocratique.

Voilà une reconstitution sensible des événements, traitée avec un réalisme éblouissant grâce à l’œil de vieux complices du réalisateur; Dick Pope à la direction photo et Jon Gregory au montage. Il y a, dans leur façon de couper le film, un commentaire critique sévère et mordant, que ce soit pour souligner le contraste injuste entre la réalité aristocratique et celle de la populace (pensons à cette séquence où des magistrats imposent des peines disproportionnées aux coupables de délits mineurs), ou encore pour souligner la place inférieure qui est attribuée aux femmes, même parmi les réformistes. Au détour d’une envolée sur la démocratie, on prend le temps de regarder les gens travailler au marché, à la presse ou aux cuisines, avec une composition et une lumière magnifique évoquant le documentaire. Le même regard permet de traduire avec efficacité la fébrilité galvanisante qu’a le peuple de se voir rassembler dans une volonté de changement.

On pardonnera la fin un peu brusque du dernier acte, en ce que cette décision souligne le choc de la violence et l’impuissance du peuple devant la gratuité du drame. Si Mike Leigh dit vouloir se garder de faire des films politiques, ses sujets le sont pourtant et il est difficile de ne pas y voir une résonance avec les batailles menées encore aujourd’hui. Peterloo est un grand film de la part d’un grand cinéaste.

P.-S. – Par solidarité pour nos consœurs de l’Alabama, il serait de bon ton de voir (ou revoir) Vera Drake (2004), un film sur l’avortement et une autre démonstration de la pertinence de l’œuvre du réalisateur anglais.

En salle le 31 mai

Warning: Creating default object from empty value in /web/voir.ca/voir-content/plugins/voir-jwplayer/libraries/jwplayer.class.php on line 106

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie