Meeting Gorbachev : Rencontre au sommet
Cinéma

Meeting Gorbachev : Rencontre au sommet

Werner Herzog trouve un adversaire à sa taille dans son nouveau film Meeting Gorbachev.

La nature humaine a toujours fasciné le cinéaste allemand Werner Herzog. Qu’est-ce qui pousse les gens à prendre part à des odyssées complètement folles, si ces individus ne sont pas déjà un peu dérangés? C’est la matière première de ses meilleures fictions et, depuis trois décennies, de ses documentaires les plus intéressants.

Mikhaïl Gorbatchev s’avérait le sujet idéal de cette obsession. Il s’agit tout de même du dernier dirigeant de l’URSS, de l’homme qui a arrêté la Guerre froide et transformé une nation sans récolter pour autant les fruits de son dur labeur. Dès le début de cet essai coréalisé par André Singer, le créateur de Fitzcarraldo (1982) le confronte avec une question explosive sur l’Allemagne. Non seulement le père de la perestroïka et de la glasnost ne bronche pas, mais il arrive à détourner complètement le sens de la discussion. Gorbatchev vient de gagner le respect d’Herzog, qui ne tentera plus de le prendre en défaut avec son ironie légendaire. Cela donne ainsi un long métrage sincère et nostalgique à ses heures, quoique beaucoup trop sage et conventionnel.

En reprenant les fondements du documentaire classique qui vont de l’enfance aux premiers faits d’armes, en passant par les événements que tout le monde connaît et une conclusion tire-larmes, bien peu d’informations nouvelles émanent de ces trois entrevues condensées en 90 minutes. La forme guère aventureuse – qui mélange entretiens, images d’archives et plans douteux de drones – est surtout là pour rappeler la vivacité d’esprit d’un Gorbatchev vieillissant, lui redonner une dignité pour son rôle dans l’Histoire.

Au moins Herzog n’a pas oublié sa touche magique, poussant l’humour et l’étrangeté. Il inclut une inutile scène de danse afin de pouvoir hurler «boogie-woogie» de sa voix unique, avant de multiplier jusqu’à l’absurde les séquences d’enterrements de hauts dirigeants. Un peu plus et on se croirait devant The Death of Stalin (2017). Oui, il y a à nouveau un clin d’œil à un animal – comme c’est souvent le cas dans les films de Herzog -, et Gorbatchev se met même à fredonner une chanson! Cela rend le tout plus sympathique, moins didactique. Bien que mineur dans une filmographie relevée, Meeting Gorbachev n’en demeure pas moins pertinent et éclairant. 

En salle le 7 juin

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