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The Souvenir : Crash amoureux
Cinéma

The Souvenir : Crash amoureux

Peut-être à cause de son titre, The Souvenir se pose autant en objet autour du cinéma qu’en film en soi. Sa démarche, qui, selon Joanna Hogg, ne tient pas de l’autobiographie, s’inspire tout de même des éléments de l’univers de sa réalisatrice, la forçant à revisiter des événements qui ont forgé son identité de jeune femme, sans toutefois les transposer directement à l’écran. Julie (Honor Swinton Byrne) est une jeune réalisatrice qui cherche sa voix, dans une Angleterre ébranlée par la gouverne de Margaret Thatcher. Elle fera la rencontre d’Anthony (Tom Burke), figure énigmatique, qui l’écorchera dans une histoire d’amour.

Le film voudra nous faire croire à la passion qui unit les personnages, mais il est plus facile d’y voir la fascination de l’une et l’opportunisme de l’autre. Julie commence l’odyssée avec une naïveté issue de l’adolescence et se laisse gentiment diriger par les hommes autour d’elle. Difficile de ne pas penser qu’Anthony y voit là une proie parfaite pour ses jeux de charme et de manipulation. Cela dit, au fil de l’histoire, les silences s’installent, les vulnérabilités se dévoilent et on développe un attachement pour ce couple toxique. Burke et Swinton Byrne livrent des performances sans artifice qui font croire aux personnages, nous laissant attendris ou irrités.

Tilda Swinton dans The Souvenir

Les habitués de Hogg sont familiers avec sa signature sensible et son style affirmé, mais sobre, film d’auteur à l’aura de film d’art. Ici, les cadrages de David Raedeker tirent parti du décor, jouant de reflets, de textures, laissant des obstacles entre sa lentille et ses sujets. Cette approche donne à la fois l’impression d’une mise en scène pointue, tout en embrassant une esthétique naturelle. Ainsi, elle soutient visuellement les questions qu’elle pose au fil du long métrage, en opposant le documentaire à la représentation, la recherche de la vérité et du ressenti à l’intellectualisation des concepts. De la même manière, Julie veut s’éloigner du cocon privilégié duquel elle est issue pour s’intéresser à la classe ouvrière et peinera à y trouver son identité d’artiste.

C’est d’ailleurs cette quête d’espace et de confiance qui nous émeut, aspect le plus intéressant du projet. On assiste au passage à l’âge adulte de la protagoniste, en passant d’une scène à l’autre sans excuser les coupures, de la manière qu’on raconterait nos souvenirs. Mais il y manque un peu de ferveur qui nous permettrait de nous investir totalement dans l’univers des personnages. Joanna Hogg travaille à The Souvenir: Part II, ce qui suscite une interrogation, à savoir s’il faudra regarder la suite pour être pleinement frappé par le propos.

En salle le 7 juin

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