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La femme de mon frère : À tout prendre
Cinéma

La femme de mon frère : À tout prendre

Après avoir séduit Cannes, c’est au tour du Québec de faire la connaissance de La femme de mon frère de Monia Chokri.

Fraîchement revenue de la Croisette où son premier long métrage a fait sensation (il a remporté le prix Coup de cœur du jury de la section Un certain regard), Monia Chokri se préparait pour la première montréalaise de La femme de mon frère lors de notre rencontre. D’une humeur joviale, elle n’a pas hésité à se confier sur cette histoire personnelle mais non autobiographique entre une sœur (Anne-Élisabeth Bossé) et son frère (Patrick Hivon).

«Je connais très bien cette relation fusionnelle pour en avoir déjà eu une, évoque-t-elle. J’avais en tête Love Streams de Cassavetes et je voulais rendre hommage à la famille, à l’amour que mes parents m’ont porté. C’est ce qui me permet d’être un être humain construit et équilibré. Enfin, presque équilibré!»

On retrouve au cœur de ses préoccupations une célibataire trentenaire doctorante sans emploi, dont l’insécurité transcende l’écran. «C’est très violent d’être une femme, admet la réalisatrice de 35 ans. C’est complexe. On est dans un monde qui a été créé par les hommes. On nous apprend à plaire et quand on plaît, on n’ose pas dire des choses, on demeure polie. Surtout qu’il y a une anxiété généralisée par rapport au physique, à l’âge… Comme cinéaste, prendre parole nous donne une certaine forme de pouvoir.»

Un pouvoir de création qui permet de dessiner une héroïne sarcastique et ironique, rouspéteuse à ses heures, qui n’est pas dans la séduction. «On m’a dit que ce personnage est audacieux», se rappelle celle qu’on a vue plus tôt cette année dans Nous sommes Gold. «Non, c’est l’image d’une femme normale. Il y a encore beaucoup de chemin à faire dans l’imaginaire cinématographique et collectif.»

Véritable «dramédie», La femme de mon frère est peuplé de personnages verbomoteurs et frénétiques qui déplacent beaucoup d’air. «Je ne me suis pas donné de contrainte», explique celle qui continue à explorer ses obsessions entamées dans son court métrage Quelqu’un d’extraordinaire (2013). «J’adore rire et je suis quelqu’un de très mélancolique. C’est plus facile pour moi d’aller dans l’extrême que dans quelque chose de plus nuancé.»

«Ce que j’aime, c’est d’explorer le verbe comme Tchékhov. On dit des choses, mais on parle vraiment d’autres choses. J’aime les mots, cette force de volubilité dans le cinéma, qui est quand même assez rare.»

Une intensité qui se fait également ressentir dans sa réalisation, au sein de ce montage nerveux et de cette musique bien présente. «C’est important pour moi que la mise en scène ne prenne pas le dessus sur l’état des personnages, maintient Monia Chokri. Je ne ferais jamais un plan simplement parce que je le trouve beau. Je veux faire un plan parce que ça raconte quelque chose par rapport au personnage.»

Plusieurs noteront des réminiscences du cinéma de Xavier Dolan, qui a lancé la carrière de l’actrice en 2010 avec Les amours imaginaires. «C’est évident que Xavier et moi, on a de la parenté dans notre travail, concède son amie proche. On a des thèmes qui se recoupent, on a travaillé ensemble, je lis tous ses scénarios. Mais je pense qu’on traite différemment nos histoires. Lui, c’est beaucoup la banlieue et les milieux plus modestes; moi, ce sont des milieux universitaires avec des personnages principaux féminins. Je ne vais pas me dire: “Il faut que je fasse attention de ne pas être comme Xavier”.»

«C’est drôle, il y a plusieurs influences que plein de gens n’ont pas dites et qui sont pour moi bien plus importantes: comme tout le cinéma direct, les Brault, Perrault, Jutra.»

À l’affiche le 7 juin

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