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The Dead Don't Die : Plaisir coupable
Cinéma

The Dead Don’t Die : Plaisir coupable

Après avoir visité le mythe du vampire pour en faire une sensible exploration du mal-être contemporain dans Only Lovers Left Alive (2013), il n’est pas surprenant de voir Jim Jarmusch s’attaquer à une histoire de morts-vivants. En un sens, le réalisateur reprend l’idée qu’il avait amorcée avec Only Lovers…, alors que les vampires traitaient déjà les humains de zombies, en nous proposant une observation un peu simplette de l’Amérique avec The Dead Don’t Die.

Disons-le d’emblée, le film s’adresse aux fans; fans de Jarmusch, fans de films de zombies, fans de sa distribution spectaculaire (Bill Murray, Steve Buscemi, Tom Waits, Chloë Sevigny, Tilda Swinton, Danny Glover, Adam Driver et j’en passe). Il n’y a pas ici de désir de réinventer la roue, mais plutôt de rendre hommage aux classiques du genre. On retrouve le même culte du cool, les mêmes dialogues savoureux et le même rythme impénitent qui font la signature de l’artiste, dirigeant l’intérêt vers l’ambiance davantage que l’intrigue. Au son country de Sturgill Simpson, le cinéaste nous brosse le portrait d’une petite communauté rurale des États-Unis qui voit s’abattre sur elle les étranges impacts des ravages écologiques.

Malheureusement, une fois passée l’excitation causée par les premières blagues, il faut accepter que le film ne sera pas à la hauteur de ses promesses. Si l’humour est efficace et rafraîchissant, il peut également se révéler redondant et facile. Les acteurs sont sous-utilisés, surtout Chloë Sévigny (qui est bêtement cantonnée au rôle de fille paniquée) et Tilda Swinton (dont la pertinence du personnage est à débattre). Le ton impassible de Jarmusch balance des craques envers Trump, l’exploitation des ressources planétaires et le consumérisme, sans toutefois réussir à mordre véritablement dans son sujet. Et que dire de la fin, qui souligne abondamment ce qu’on avait compris depuis plus de soixante minutes (même si c’est livré par la très belle voix hors champ de Tom Waits), sinon qu’elle insulte l’intelligence des spectateurs.

Le film s’apprécie pour qui ne boude pas son plaisir, mais on aurait souhaité que Jarmusch s’élève au-dessus de sa zone de confort pour nous livrer une réflexion à la hauteur de son talent. À prime abord, le film semble avoir été réalisé par un fanboy, cependant, on a l’impression que le réalisateur n’a pas tant de fascination pour la métaphore du zombie, mais qu’il y a vu l’occasion de rigoler avec ses copains. Ainsi, les initiés pas trop exigeants y trouveront leur compte, tandis que ceux qui snobent déjà le genre n’y verront pas de raison de faire autrement. En terme de comédie de zombies, c’est avec chagrin qu’on avouera que The Dead Don’t Die n’est pas à ranger aux côtés de Dead Alive (1992), Shaun of the Dead (2004) ou Zombieland (2009).

En salle le 14 juin

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