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Dogman : Apprivoiser la bête
Cinéma

Dogman : Apprivoiser la bête

Dans une bassine, sous un éclairage glauque, un pitbull agressif et dominant signifie son désaccord quant à la procédure de shampoing entreprise à son égard. Marcello (Marcello Fonte), toiletteur canin, ne se laisse nullement démonter et finira même par l’amadouer. Cette scène d’ouverture est annonciatrice du reste du film et sera même revisitée plus tard avec une tout autre saveur, alors que le réalisateur s’interroge sur ce qui différencie l’homme de la bête.

Situé dans une petite ville en décrépitude en périphérie de Naples, Dogman nous présente une Italie comme elle est rarement vue au cinéma, toute de gris, de bleus et d’ocres, avec des allures de terrains vagues davantage que de destination idyllique. Matteo Garrone amalgame ici deux de ses thèmes de prédilection: l’emprise de la violence (comme nous le présentait le multi primé Gomorra (2008)) et les aléas que subit celui qui aspire à une vie meilleure (comme son protagoniste dans Reality (2012)).

Marcello goûte tout juste à un peu de prestige – modeste, certes -, mais il est propriétaire de son commerce. Allant jusqu’à gagner des prix en toilettage, il est apprécié par sa communauté et peut même offrir à sa fille un certain confort, voire une présence paternelle de qualité. Bien sûr, ces deux derniers avantages sont plutôt dûs au fait qu’il est également dealer pour arrondir ses fins de mois, mais il est sage d’avancer que Marcello est satisfait de sa situation. Si ce n’était que d’un détail… Son affiliation forcée avec Simone (un terrifiant Edoardo Pesce), la brute du quartier qui vandalise, intimide et terrorise tout le monde, sera le point de rupture susceptible de détruire ce qu’il s’était construit. Tel un chien enragé, Simone fait de sa volonté la loi et ceux qui s’opposent à ses plans sont réduits en charpie. Son «amitié» avec Marcello repose sur la toxicité des besoins de chacun, car si Simone bénéficie de l’intimidation facile de Marcello, ce dernier connaît des avantages à frayer avec plus gros que lui, et c’est cet opportunisme qui fera sa perte.

Il y a, dans la démarche de Garrone, un désir de sobriété travaillée qui met en relief le périple émotif de Marcello. Les subtils mouvements de caméra et les cadrages éloquents de Nicolaj Brüel font échos aux regards et aux silences des acteurs. La mise en scène ne se met jamais en travers de l’histoire racontée et ose parfois un humour bienveillant, évitant les pièges qui auraient pu transformer ce drame intimiste en mélodrame sirupeux.

La fable s’interroge sur le cercle vicieux de la violence, sur la bête en l’homme, sur la possibilité de préserver son humanité lorsqu’on évolue dans un milieu hostile. S’il se base sur un fait divers au degré de violence difficilement égalable, Garrone a choisi de ne pas en embrasser toute la portée graphique, cherchant plutôt à en démontrer le poids psychologique afin d’en questionner le système.

À l’affiche dès le 21 juin

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