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Yesterday : ouf, les clichés!
Cinéma

Yesterday : ouf, les clichés!

La prémisse du dernier film de Danny Boyle est d’abord intrigante, même si elle exige un certain lâcher-prise chez le spectateur. Jack Malik (Himesh Patel) est un auteur-compositeur-interprète dont la carrière tarde à décoller. Alors qu’il est au seuil du découragement, un glitch à l’échelle planétaire semble effacer une partie de la culture collective, dont l’existence des Beatles. S’offre donc à lui la possibilité de faire revivre le matériel du quatuor anglais et de se l’approprier.

À prime abord, la proposition du film semble être une excellente façon de s’intéresser à l’apport des Beatles dans l’histoire de la musique pop, aux mouvements sociaux que la culture peut entraîner, au besoin de reconnaissance versus celui de créer, à la difficulté de faire coïncider bonheur et ambitions. Bref, le jardin est fertile pour y faire pousser un peu de substance, surtout avec un réalisateur au style si diversifié (de Shallow Grave (1994) à Trainspotting 2 (2017), s’étend un univers qui a rarement déçu). Du moins, c’est ce qu’on pourrait croire…

Jusqu’à ce qu’on réalise qu’il s’agit d’un scénario de Richard Curtis (Notting Hill (1999), Bridget Jones’ Diary (2001) et… Love Actually (2003))Yesterday nous apparaît alors pour ce qu’il est réellement: une comédie romantique, et pas des plus réussies de surcroît. Il y a, dans cette production, de sérieux problèmes de clichés (Kate McKinnon, en gérante sans scrupule, est employée pour ce qu’elle fait de mieux, quitte à devenir une caricature d’elle-même), de trous dans le scénario (il ne faut pas trop chercher à cerner les fils qui tissent l’histoire) et de clichés (l’ai-je dit?) sexistes! Le personnage d’Ellie (Lily James) n’est construit qu’en relation avec celui de Jack; amoureuse de lui en secret depuis 20 ans, elle se contente d’être la meilleure amie, la gérante et la chauffeuse afin de veiller à son épanouissement artistique. Elle semble n’avoir de désir que celui de voir son amour devenir réciproque. Et lorsque l’absurdité de ce personnage est pointée du doigt (par Ellie elle-même), il n’en est pas fait grand cas puisqu’elle continue de se plier aux volontés du personnage principal. 

Bien sûr, Yesterday provoque quelques rires et réussit à alléger le cœur, se rangeant, pour qui ne se pose pas de question, du côté des films bonbons que l’on se tapera par jour de dépression. Mais le problème pernicieux de ce genre d’objet est qu’il fait la promotion d’une relation toxique où on enseigne qu’il est normal, et même de bonne augure, de s’oublier au profit de celui qui nous prend pour acquis et que la patience sera récompensée par un mariage et des tonnes d’enfants. Avec son personnage féminin sans relief qui épouse toutes les caractéristiques (surtout, jamais de défaut) de la fille idéale, Yesterday est un énième film qui relègue les filles au statut de groupies ne se définissant qu’à travers le regard de la rockstar. 

En salle le 28 juin

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